105.Adam

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Mes pensées n'ont jamais défilées à une allure aussi folle, aussi éreintante. Je secoue la tête refusant d'admettre cette idée, refusant de penser à cette hypothèse même. A l'hypothèse d'un Lohan nourrissant des sentiments pour moi dépassant les limites de l'amitié. J'essaye de réfléchir à un quelconque signe qui aurait été un indice et à côté duquel je serais passé.

Mais rien ne me vient à l'esprit.

Ce Lohan dragueur, ce Lohan fou , autrefois  amoureux d'Alice , ce Lohan aguicheur.

 Bisexualité.

Ce mot sonne étrange, je l'ai déjà entendu dans des discours, dans des paroles, lu sur des écrits, des papiers ; pourtant il m'apparaît aujourd'hui comme inconnu, acidulé.

L'interphone sonne mais je ne réponds pas car je ne comprends pas d'où provient le son, je semble même avoir un  instant oublié l'endroit où je me trouve. Ezra débarque de la salle de bain, serviette enroulée sur la tête et brosse à dent à la main. Elle décroche et se tourne vers moi, curieuse. Son regard s'assombrit bien vite, elle marmonne quelques mots, raccroche, appuie sur un bouton :
 
- Le temps de me sécher les cheveux et j'arrive.
 
 Je devine sans hésitation qu'il s'agit de la police. Elle s'enferme à nouveau dans la petite pièce et je ne peux qu'attendre qu'ils frappent à la porte tandis que le bruit du sèche-cheveux se déclenche. Ils arrivent bien vite et, trop étourdi pour me rappeler où j'ai déposé mes béquilles, je vais leur ouvrir à cloche pied.

            Formules de politesse.

            Formalités échangées.

            Silence radio.

            Son du sèche-cheveux.
 
Elle arrive enfin, cheveux lâchés et les salut poliment, d'une petite voix fluette. Mais lorsqu'ils lui demandent ce qui s'est passé elle leur répond seulement :
 
- Je ne me souviens plus.

 Et ils nous embarquent vers l'hôpital sans plus insister. Balancés par le cahotement du véhicule, nos deux regards se rencontrent. Elle arbore une expression énigmatique qui me retourne aussitôt, faisant chavirer mon cœur. Elle se rappelle parfaitement de ce qu'il s'est passé car, au fond de ses yeux peut se lire la scène, la peur ressentie.

En un battement de paupières ce mirage s'envole et son regard regagne à nouveau son stoïcisme.

Ezra MCcarty reprend sa force, prête à se confronter aux questionnements qu'on lui infligera.

Elle ne flanchera pas, comme elle a tant l'habitude de faire. Mon cœur soupire, mais je n'en laisse rien paraître, ses choix ne doivent plus m'affecter. Lui faire confiance est la seule chose qu'il me reste.

 Je suis vivante.C'est le principal. Me dit t-elle
 

Pour la neuvième fois de cette dernière demi-heure, elle secoue la tête. Les médecins se démènent pour savoir ce qui s'est passé ; ils ne savent que faire devant l'obstination de leur patiente. Soudainement l'un d'eux projette violemment sa chemise cartonnée au sol avant de partir, le regard noir :
 
- Je vous souhaite bon courage.
 
La porte n'a pas le temps de claquer, bientôt deux autres personnes le suivent et alors seuls subsistent dans la salle,Ezra, un docteur et moi.

Je reste en arrière, effacé et dos au mur depuis le début de la rencontre. Le scientifique tourne souvent le regard vers moi comme pour solliciter mon aide mais je suis tout aussi impuissant que lui. Alors je me contente de les observer :
 
- Si vous ne parlez pas, nous serons obligés de vous garder jusqu'à ce que vous acceptiez d'enfin nous raconter ce qu'il s'est passé.

- Je vous l'ai déjà dit, je ne m'en rappelle plus.

- Qui croyez-vous berner ?

- Et à vous, qu'est-ce que ça vous apporterait de savoir ?
 
L'homme ne répond pas. Alors elle se lève enfin de sa chaise et se penche en avant, paumes appuyées sur le lourd bureau les séparant :
 
- Vous savez, il y a certains malades qu'on ne guérit pas. Dit t-elle

L'un des médecin lui donne la carte de visite d'un centre qu'elle pourrait joindre en cas de problèmes.

- Vous risquez de finir interner Mademoiselle MCcarty. 

- Je saurai me débrouiller.

Elle tourne ensuite les talons,m'entraînant avec elle.Juste avant de refermer la porte de son propre gré.Ce furent ses derniers mots à son intention.

Quelques minutes plus tard nous nous trouvons tous les deux dans le bus faisant route vers le centre de la ville.
 

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant