103.Ezra♤

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Je suis dans l'eau

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Je suis dans l'eau....

L'eau n'est pas froide, elle est glacée. Elle m'enlace de son souffle morbide, s'insinue dans tout mon être, pénètre ma peau, ma chair puis mes os. La masse n'est pas assourdissante, elle me perce les tympans. Ma mère se trouve devant moi ; elle flotte mais je m'enfonce, elle me sourit tandis que je suffoque. Ses bras se meuvent gracieusement autour de son corps, les miens sont figés. Aucun mouvement ne m'est possible, une force m'en empêche, me paralyse. Le vent m'a poussée, ce n'est pas moi. Je ne voulais pas, le vent m'a poussée c'est tout. Je ferme fort mes paupières tandis que je suis de plus en plus attirée vers le fond.

C'est vraiment ce que tu veux ?
Mourir ainsi, mourir tout de suite ?
  
Mourir, C'est vraiment ce que tu veux ma chérie?

  Alors je laisse à nouveau mes paupières closes, espérant que cette voix va disparaître.Mais lorsque je me laisse la regarder à nouveau je découvre qu'elle n'a pas bougé et que son expression est toujours la même.

Pourquoi soucis t-elle ?

J'ai envie de pleurer mais dans l'eau à quoi bon ? 

Ma poitrine est oppressée par un poids invisible, plus je tombe et plus la pression assaille mon crâne. C'est douloureux, je n'en peux plus de la douleur. Une éternité semble se dérouler alors que cela ne fait que quelques instants que je coule. Il y a encore quelques instants j'étais sur le bord de la falaise. Et le vent m'a poussée. Le vent, pas moi. Le spectre de ma mère se met à tourner autour de mon être désarticulé. Je ne ressens aucun manque d'air, mon corps ne pèse plus rien. Soudainement je me sens bien.

Suis-je déjà morte ? Maman ?

Autour d'elle se trouve une aura de luminosité, de lumière blanche, éprise de pureté. Ce sont des anges venus me chercher. Mon heure est passée. Je devine Adam, déambulant dans les rues et me cherchant. Adam. Si je ne me bats pas il pourra me chercher éternellement, il me trouvera seulement dans les journaux. Peut-être même en première page.

Enfin, je me mets à pleurer. Je ne savais pas qu'il était possible de mêler ses larmes à l'onde. Je pleure et j'ai envie de crier, encore et toujours cet inlassable hurlement de souffrance, mais je ne peux pas car je dois conserver le peu d'air qu'il me reste pour tenir. Mes larmes, mes sanglots, se noient à mes côtés. Mais ils m'échappent tout de même. Ils ne veulent pas faire corps avec moi jusqu'au bout. Tenir.

 
Il faut que je me débatte, il faut que je m'en sorte, il faut que je pare cette brûlure infligée par mes poumons en mal d'oxygène. J'arrive enfin à lever un bras au-dessus de ma tête, dans un mouvement mécanique j'y dresse le second. De toutes mes forces je me mets à battre des jambes tandis que je rappelle mes mains le long de mon corps. Je réitère le geste, n'ayant de cesse d'agiter mes pieds. Mes yeux sont irrités, rongés par la surface polluée. Me retenir plus longtemps de gémir m'est presque impossible, ma mâchoire est tellement crispée qu'elle va lâcher. Mais tenir, il le faut.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant