LE DON ULTIME

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Horst ne ménage pas ses efforts pour haranguer les défenseurs arc-boutés sur les remparts d'Espélia. Les engins de siège ont multiplié les brèches dans les murailles convalescentes de la cité. Bon nombre d'archers sont tombés sous les coups des soldats du royaume des Hisles. La muraille sud est en grande difficulté, sous la menace d'un beffroi. La porte principale ne résistera pas longtemps aux coups répétés du lourd bélier.

Malgré la panique générale, il a veillé à mettre à l'abri Ulva ainsi qu'Alquin, car leurs personnes sont trop précieuses pour risquer de les perdre.

La résistance héroïque des soldats des Terres d'Eschizath n'est qu'illusoire. Combattant aguerri, Horst sait pertinemment que la ville sera bientôt submergée par le nombre des assaillants. De plus en plus d'ennemis prennent pied sur le chemin de ronde, progressant inexorablement sur des monceaux de cadavres.

Tormund décapite un adversaire qui fonce sur eux. Si tous les guerriers se battaient de la sorte, la victoire changerait peut-être de camp. Profitant d'un court répit, Horst s'efforce de localiser Annabelle dans la masse grouillante qui s'acharne sur les défenses de la capitale. Apercevoir le chef charismatique des envahisseurs offrirait une chance de l'éliminer. Hélas, dans le tumulte de la bataille, la silhouette de la Dame Blanche échappe à sa vision.

Que fait la cavalerie du Prince Noir ? Même s'il déteste cet allié encombrant, Horst ne peut nier l'impact qu'a produit sur les troupes de la capitale la sortie précédente. Après son irréelle matérialisation en dehors de l'enceinte de la cité et la destruction de la cavalerie ennemie, une vague euphorique a sorti les soldats de leur torpeur. Depuis, Morgaste a disparu, ainsi qu'Oriana, et l'avenir des défenseurs s'est assombri.

— Il faut nous replier dans la cour supérieure avant de succomber sous le nombre !

Frappée de bon sens, la supplique du sergent résonne comme un ordre. Tormund approuve en multipliant les moulinets avec sa lourde épée : deux assaillants en font les frais. Pourtant, le garde de l'Ordre hésite à prendre une telle décision, conscient qu'une grande partie des habitants la cité serait à la merci des hordes d'assaillants.

Résigné, Horst s'apprête à confirmer l'ordre d'évacuation lorsque des trompes exultent. La sonorité assourdissante fige les agresseurs surpris. À la tête de ses cavaliers, Morgaste s'enfonce dans le maelström. Digne amazone des légendes anciennes, Oriana chevauche vers une mort certaine en compagnie de celui qu'elle a tant haï par le passé.

D'où viennent-ils ? L'entrée principale est condamnée, sous la menace des assaillants. Le fidèle d'entre les fidèles se souvient du passage souterrain qu'il avait emprunté avec les messagers l'hiver dernier, par la poterne de la tour nord. Ce renfort, qui taille sa route à la pointe de l'épée dans la marée humaine, est leur dernière chance.

Dans l'œil guerrier du cyclone, Horst réussit à identifier celle qui échappait à son regard. De son côté, le Prince Noir a fait sienne la stratégie de frapper la tête des envahisseurs ! Il suit un instant le cheminement de la contre-attaque qui fend difficilement la multitude de fantassins avant de reprendre la lutte.

Immobile à cheval, Annabelle, entourée de soldats munis de lances, ne peut s'empêcher d'admirer le courage de Morgaste qui s'acharne à transpercer le corps de son armée. Le tyran ne s'embarrasse pas de considérations stratégiques et, en d'autres circonstances, peut-être parviendrait-il à ses fins.

La lueur vive qui s'échappe de son poing fermé est la plus redoutable des armes. Libérant l'énergie qui s'impatiente, Annabelle propage une onde vers la troupe de cavaliers qui avance. Sur son passage, le rayon détruit tout et n'épargne même pas ses propres soldats. Seule une traînée sanglante subsiste.

T3 - LES FRAGMENTS DE DISCORDELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant