11. Neige

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Je collectionne les boules à neige. Cela peut paraître un peu vieux, un peu kitsch. Ça l'est sans doute.

Il y a pourtant un sentiment de paix à observer toutes ces petites boules, alignées sagement sur une étagère, juste au-dessus de mon lit. Elles ne représentent pas des événements particuliers de ma vie. Je ne les ai pas achetées à chaque bonheur ou chaque échec. Pas du tout. Ce sont des cadeaux. Souvent ramenés du bout du monde par des amies ou la famille. Ceux qui voyagent.

Elles ne sont pas des regrets : eux partent et moi je reste ici, clouée sur mon lit.

Non.

Elles sont des fenêtres vers un monde que je ne connaîtrais sans doute jamais.

Dans ma chambre il y a le lit médicalisé, du lino au sol, un peu moche, des meubles moches, des draps moches, des machines moches et en plus bruyantes. Je n'arrive même pas à voir ce qu'il se passe à travers la fenêtre. La lumière me fait trop mal et les rideaux sont souvent tirés.

Mais il y a mes boules à neige. Même quand je suis trop mal pour regarder la télévision, trop mal pour lire, trop mal pour même fermer les yeux, je m'allonge et je les regarde. Parfois je demande à mon infirmière de les poser sur ma tablette, et je les caresse.

New-York, Los Angeles, Rio, Tokyo, Paris, Londres, et ainsi de suite. Je ne les compte même plus.

J'en ai même une avec un drapeau arc-en-ciel à l'intérieur, tenu par un mec torse nu et musclé.

La version lesbienne visiblement n'existait pas.

Je n'ai même pas eu le temps de faire une seule Marche avant de finir dans cette chambre.

Peut-être qu'un jour... On sortira le fauteuil, les appareils portatifs, je mettrai une grosse doudoune, même en juin, et on ira.

Peut-être un jour.

En attendant je regarde mes boules à neige et cela va un peu mieux.

Writober 2019Where stories live. Discover now