Chapitre 12

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                                          Le porteur de calamités

Le soleil brillait au dehors. Ses rayons projetaient les ombres dansantes des palmiers sur le parterre de mosaïque du sérail. Le calme régnait dans les lieux. Les favorites profitaient d'un peu de repos, alanguies dans les confortables coussins des méridiennes rassemblées en arc de cercle pour leur permettre de converser à loisir. D'ordinaire, leurs après-midi étaient plus animés mais l'hirondelle qui leur tenait compagnie était sortie.

Dans les luxuriants jardins du palais, Ceylan s'amusait en silence aux abords des bassins, un petit navire en matériaux naturels dans la main. Son esprit l'imaginait affronter les eaux périlleuses des mers de l'ouest, bravant tempêtes et monstres marins de légendes, en route vers des pays imaginaires prodigieux. Ses doigts touchant à l'occasion l'eau claire et pure en provenance de la source intérieure du palais, goûtaient périodiquement à sa fraîcheur bienvenue.

Le prince releva la tête en entendant une série de pas tranquilles approcher. Il se tourna et vit ses parents, aux bras l'un de l'autre, se diriger vers lui. Comme à son habitude, sa mère le couvait de tout son sourire. En revanche, l'expression sévère de son père n'était en rien différente de leurs autres rencontres. Aussi attendit-il qu'ils le rejoignent avant d'appréhender ce qu'ils avaient assurément à lui dire. Il était effectivement rare que ces derniers viennent le voir personnellement.

L'écart comblé, ce fut le roi qui prit la parole en premier :

— Ceylan, vous vous doutez sans doute des raisons de notre présence, n'est-ce pas ?

L'intéressé baissa les yeux et répondit timidement :

— Oui, Père.

— Je ne vous entends pas, gronda-t-il.

— Oui, Père, reprit Ceylan sur un ton plus audible.

La main de la reine caressa le bras de son époux pour l'inciter à garder son calme. Ce fut efficace. Le roi récupéra une intonation plus neutre et reprit :

— Ceylan, quel âge avez-vous ?

— Six ans, Père.

— Six ans. Vous grandissez donc ! Et qu'apprends-je ? Que vous avez échoué à l'examen de votre maître d'arme ?

— Le sabre... était trop lourd, Père.

— Trop lourd ? Tiens donc ! Trop lourd pour un garçon ? Je n'ai jamais entendu plus grande ineptie ! À votre âge, je portais des charges plus lourdes pour soutenir ma famille.

L'enfant garda les yeux au sol, honteux.

— Vous n'êtes pas une femme, vous n'avez donc aucun droit de succéder à votre mère. Ce rôle reviendra à la sœur que nous comptons bien vous donner. En attendant, il reste de votre devoir de faire honneur à votre famille en devenant l'épée, le bras armé, qui veillera à la sécurité de notre prochaine héritière. Comprenez-vous ce que je vous dis ?

— Oui, Père.

— En échouant à cet examen, vous avez couvert votre famille de déshonneur. Par chance, j'ai convaincu votre maître d'arme de vous offrir une seconde chance. Tâchez de ne pas la gâcher.

— Mais, Père..., tenta-t-il de se défendre.

— Il n'y a pas de « mais » ! s'écria le roi en tournant le regard vers le bassin. L'échec ne vous est pas permis.

Croisant la vision du petit bateau de fortune, son père se baissa pour s'en emparer. Il l'observa sous toutes les coutures, puis demanda :

— Qui vous a fait cela ?

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now