Chapitre 11

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                                                L'Herbe Noire

Bercé dans cette étreinte tendre et protectrice, Ceylan n'entendit pas ce petit pronom possessif qui lui avait manqué. Son visage était à présent trempé, son teint était livide et même la couleur de ses lèvres se ternissait.

Un mauvais pressentiment s'empara de Sekmar.

— Mon roi, si je puis me permettre, j'aimerais que vous conduisiez sa Majesté dans ma tente pour me permettre de l'examiner. J'ai peur que ce ne soit très sérieux...

Ildrys acquiesça aussitôt et emporta Ceylan dans ses bras pour le ramener à la tente. Autour, tous étaient bouleversés par le spectacle et s'interrogeaient. Des murmures montaient des quatre coins du chantier.

— Retournez immédiatement à vos tâches, ordonna Sekmar en suivant de près le roi à l'intérieur de ses quartiers, il n'y a rien à voir !

Une fois à l'abri des regards, le contremaître s'empressa de débarrasser son lit sommaire établi dans un coin, et invita Ildrys à y allonger Ceylan. Il s'attela ensuite à se laver consciencieusement les mains, puis revint pour entamer son observation.

Derrière lui, Ahnour dandinait d'un pied sur l'autre pour surveiller ce qu'il faisait par-dessus son épaule. Quant à Ildrys, il prit soin de se reculer pour lui laisser une marge de manœuvre acceptable, sans pour autant s'éloigner afin de lui faire comprendre qu'il le tenait à l'œil. Mais Sekmar ne prêta pas plus attention à l'un qu'à l'autre. Tout son intérêt était concentré sur Ceylan dont l'état le préoccupait particulièrement.

Il commença par prendre sa température. Sans surprise, le front du malade était brûlant. Il souleva ensuite ses paupières pour observer les réactions de ses pupilles ou tout autre signe anormal. Après quoi, il lui ouvrit la bouche et l'examina dans ses moindres recoins. Il alla jusqu'à appuyer sa langue de ses doigts pour jeter un œil au plus profond. Quand il eut terminé, il palpa sa gorge de chaque côté pour sentir ses ganglions. Il réitéra les mêmes gestes sous ses aisselles, avant de finalement se pencher sur sa poitrine pour écouter son cœur. En se relevant, il attrapa son poignet pour prendre son pouls, et ce ne fut qu'après cet ultime geste qu'il se tourna vers Ildrys, l'expression sombre.

— C'est bien ce que je pensais.

— Et à quoi pensiez-vous ? s'impatienta Ildrys.

Sekmar se frotta le menton et annonça :

— À première vue, la reine présente tous les symptômes du Mal du Désert.

Le sang du roi ne fit qu'un tour.

— Le même mal dont est décédée la reine Abidia ? s'exclama-t-il vivement. Dites-moi que c'est une plaisanterie !

— J'ai dit « à première vue », reprit le vieil homme en sourcillant.

Ahnour savait à quoi son maître faisait référence.

— Vous pensez que sa Majesté a été empoisonnée ? demanda-t-il.

— Exact, confirma Sekmar. Mon roi, il existe une plante appelée l'Herbe Noire. C'est une espèce végétale très rare, qu'on ne trouve que dans les coins les plus arides. Sa toxicité à la consommation la rend mortelle mais sa vitesse d'action et son efficacité dépendent des doses ingérées. Généralement, on lui préférera une autre méthode pour délivrer une mort rapide, mais, dans le cas où l'on souhaiterait être discret, son recours est une véritable aubaine. Les symptômes résultant de son ingestion sont comparables à ceux du Mal du Désert, pour autant qu'on sache la doser correctement.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now