Chapitre 10

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                                                      Réconciliation ?


Trois jours complets s'étaient écoulés depuis que le couple royal s'était disputé. Ceylan n'avait pas quitté le sérail depuis lors, et n'était guère plus actif qu'une riche épouse oisive. Il n'avait ni mis les pieds hors de son alcôve, ni même conversé avec ses compagnes. À la place, sa mauvaise humeur avait dressé de solides barrières entre lui et le reste du monde. L'avantage, c'est que cela lui avait au moins permis de réfléchir à ce qu'il éprouvait, et à comprendre pourquoi il se sentait mal au point de vouloir s'isoler autant.

Le problème était dans cette idée d'isolement, justement. En réfléchissant à ces derniers jours, il était parvenu à cette conclusion : il avait certes haï le Conseil pour lui avoir donné un époux plutôt qu'une épouse, mais il restait vrai qu'il n'avait jamais détesté l'idée du mariage, bien au contraire. Dans sa vie, les contacts humains avaient été peu nombreux. Son père l'avait rejeté en raison de son apparence androgyne et de son sexe inadéquat au pouvoir, et les seules personnes qui avaient encore daigné l'approcher se comptaient presque sur les doigts d'une main. À la rigueur, il aurait presque pu se contenter de ce cercle restreint, mais celui-là aussi avait connu ses limites. La reine Abidia avait été partagée entre le pouvoir, son mari et son affection pour lui. Mekhet n'avait eu de cesse d'être tenu en laisse par le Conseil. Quant aux concubines, il n'avait jamais oublié que leur fidélité passait avant tout par leur devoir d'obéissance envers le dirigeant du royaume. Alors, l'idée d'acquérir par l'union un potentiel partenaire qui n'aurait été rattaché qu'à lui avait bercé son cœur d'espoir insensés.

Des espoirs contrariés pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, Ceylan avait été troublé de marier un homme. Cette possibilité ne lui ayant jamais effleuré l'esprit, les circonstances dans lesquelles s'étaient déroulé le mariage – et le caractère manifeste d'Ildrys – n'avaient pas aidé à fonder quoi que ce soit sur des bases saines. Cela avait engendré chez lui de forts sentiments de méfiance et d'hostilité, nuisant de base à son jugement concernant la moindre action de son mari. Le regard des autres, les rumeurs de couloir, les efforts du Conseil pour le décrédibiliser, n'avaient fait qu'ajouter de l'huile sur le feu en le fragilisant d'autant plus.

En conclusion, entre le manque de sociabilisation et l'étrangeté de la situation, rien n'avait aidé le couple à établir quoi que ce soit. Ceylan avouait le regretter ; et, cela, peut-être pas seulement pour avoir manqué de faire d'Ildrys un allié fiable. À dire vrai, il sentait qu'il y avait autre chose.

Ceylan n'oubliait pas la forte impression que lui avait fait son époux au moment de leur union. Ce visage mystérieux avait fait sursauter son cœur. Il admettait qu'il existait peut-être aussi une petite part de jalousie à le savoir toutes les nuits au sérail. Non pas qu'il se sentait prêt à se donner corps et âme à lui, mais il reconnaissait tout de même avoir éprouvé une certaine satisfaction à voir luire cette lueur d'intérêt et d'envie dans son regard lorsqu'il prenait son bain. Rien que cette pensée réactivait dans son esprit tous les souvenirs – bien que peu nombreux – qu'il avait de lui. Avec cela, naissait une envie de sortir de cette réclusion et d'éventuellement tenter de résoudre ce conflit. N'étant pas d'un naturel trop fier, il n'avait de fait aucune réticence à faire le premier pas. Surtout qu'en dépit de ce qui s'était passé lors du Conseil, il sentait que le problème venait bien plus de lui que d'Ildrys.

Non, à la réflexion, le problème venait principalement de lui.

Ildrys avait son caractère, mais c'était Ceylan qui avait douté de lui et s'était refusé à lui offrir sa confiance. Les choses lui apparurent claires comme de l'eau de roche. Il se gifla pour se punir d'avoir laissé la situation s'envenimer autant, puis quitta sa méridienne.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now