93.Adam♠

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Elle a repris son air impénétrable. Elle est assise sur le lit et  figé et pensif. À quoi, je n'en ai aucune idée et je ne le saurais probablement jamais mais elle pense. Elle a le regard éloigné, ailleurs, lointain, jamais elle ne m'a autant échappé, jamais elle n'a été une inconnu à ce point-là, jamais l'impression d'être une poussière insignifiante n'a été aussi forte que maintenant.

-Je t'ai acheté du sirop, c'est... C'est bon ?

Silence. Je me retourne. C'est un mur, un simple mur blanc, juste un mur, rien d'autre qu'un mur. Putain, qu'est-ce qu'elle peut bien fixer comme ça sur ce mur, mais c'est pas vrai.

-Il se passe quoi ?

Elle reste impassible. Impassible de toute émotion. De tous sentiments. Elle est un robot et je déteste quand elle est comme ça, je déteste quand elle m'ignore.

-Ezra?

Mais je me laisserai pas faire. J'ai presque peur qu'elle me repousse, qu'elle m'envoie valdinguer à l'autre bout de la pièce, qu'elle me hurle de la laisser tranquille mais déjà c'est trop tard et je m'approche du lit comme si c'était la première fois que ça nous arrivait, comme si c'était la première fois qu'elle se perdait dans ses pensées, comme si c'était sa première absence.

Comme si c'était la première fois que je le voyais, ce regard.J'attrape son menton et d'un geste j'envoie se faire foutre toutes les fois où je l'ai laissé m'ignorer. Toutes les fois où je l'ai laissé se perdre dans ses pensées quand j'aurais dû lui demander ce qui n'allait pas.Toutes les fois où j'ai attendu qu'elle  me parle quand j'aurais dû la prendre dans mes bras et laisser le silence nous faire la causette.

- Ezra putain répond !  Qu'est ce que ta ?!

- LA FERME ! LA FERME ! LA FERME ! PUTAIN TAISEZ VOUS ! SORTEZ DE MA PUTAIN DE TÊTE. Hurle - t-elle en larmes

-  Ez c'est moi ,c'est moi Adam ,c'est moi.

Je l'embrasse et elle revient à elle. Dans ce baiser je la sens vivre, je la sens revenir, je le sens dans la chambre à nouveau parmi nous, là où elle doit être.

Sur ses lèvres je la sens frémir, je la sens souffrir aussi, je ressens toute sa douleur, tout ce qui ne va pas, et ça fait du bien d'enfin pouvoir partager ça avec elle, c'est comme absorber toutes les choses qui lui font mal, c'est comme attraper sa douleur, lui retirer et la garder pour moi.

-Parle-moi. Dis-moi, explique-moi. Reste pas muré dans ton silence à deux balle comme ça, crie pas comme une dingue ! faut pas, c'est pas bien.

-Ils sont revenues...

-Qui ça ?

-Les voix .... je te jure. J'ai l'air d'une minable comme ça. J'suis qu'une putain de raté. J'ai peur Adam...

-Et moi, je suis là, moi.

- Ouais mais toi c'est pas pareil, toi t'es là parce que t'es toi... Parce que nous deux on est comme ça... Parce qu'on a besoin d'être ensemble... Mais ... en vérité on ne devrait pas être ensemble, Si ? C'est comme ci on désobéissait à Dieu .

- Il n'y a pas de Dieu .

- Je vais surement finir incarcéré dans un hôpital psychiatrique et toi tu vas refaire ta vie ,te marié, voyager , et faire des gosses . Vivre.  Regarde moi Adam, et si..?

- Et si quoi ?! Je t'interdis de dire encore quoi ce soit .

Nous étions très proches l'un de l'autre. Tellement que je pouvais sentir son haleine mentholée caresser mes lèvres avec délice. Doucement, elle déposa ses lèvres chaudes contre les miennes, déposant un baiser tendre sur mes lèvres. Elle termina son baiser en caressant mon nez lentement avec le sien. Elle glissa sa main dans mon cou, l'entourant légèrement pour coller nos fronts l'un contre l'autre.

« Je suis désolée. » lâchais-t-elle, faiblement.

« Pourquoi? » Dis-je, surprit.

« Je sais que ce n'est pas facile.., notre situation. » précisais-elle « Mais.. » elle passais nerveusement sa langue sur ses lèvres, nerveuse.  « Mais s'il te plaît ne me quitte pas. »

« Pourquoi penses-tu que je veux te quitter? » demandais-je

« C'est évident. »
Dit-elle

Un doux sourire se forma sur ses lèvres alors qu'elle caressait ma joue avec tendresse.

« Ce qui est évident c'est que je ne te quitterai jamais Ezra. »

Instinctivement ses lèvres s'étirèrent en un sourire alors qu'elle se blottissais tout contre moi, la serrant le plus fort possible contre moi.

C'était le chaos en moi. J'étais envahie par toutes sortes de sensations. Mais celle qui régnait en maîtresse était le bonheur.

On resta dans cette position pendant quelque minutes l'un contre l'autre, silencieusement. J'aimais qu'elle puisse être, tout près de mon cœur.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant