Chapitre 9

9 0 0

                                                         Complicité


Quand la pièce fut vidée, Ildrys se leva à son tour et reprit la parole.

— Je ne suis pas fâché que nous en ayons terminé. Ces charognards ne lâchent pas facilement l'affaire. Qu'avez-vous donc fait, par le passé, pour qu'ils aient une telle dent contre vous ?

— Rien qui ne vous regarde, se braqua Ceylan en lui refaisant face, l'expression furieuse.

— Vous êtes fâché parce que je ne vous ai pas soutenu ?

— Il y a une différence entre ne pas me soutenir et jouer contre moi !

— De quoi parlez-vous, ma reine ? Je vous ai prévenu au préalable, et vous devriez plutôt être satisfait. Le Conseil a approuvé votre projet et reste persuadé qu'il n'existe aucune forme de complicité entre nous.

Ceylan se leva d'un bond. Sa main frappa la table.

— Il n'y en a pas !

— Ah oui ? renvoya moqueusement son mari. Dans ce cas, comment qualifieriez-vous notre petit arrangement établi durant notre nuit de noces ?

L'expression de Ceylan se renfrogna encore.

— Vous comptez me le rappeler encore longtemps ? En dehors de cette affaire, nous n'avons aucun lien de quelque sorte que ce soit.

Ildrys prit le temps d'étudier ses reproches.

— Vous l'avez vraiment mal pris, à l'évidence, reprit-il tranquillement. Soit. J'en prends note. Je vous promets que cela ne se reproduira pas.

Ceylan laissa échapper un « pff » moqueur et répliqua avec amertume :

— Faites comme bon vous semble, j'en ferai de même. Je n'ai jamais eu le soutien de qui que ce soit, je ne m'attendais pas à ce que cela change.

À ces mots, le sourire du roi s'effaça, laissant place à une expression interdite.

— Chacun son jeu ? C'est ce que vous désirez vraiment ?

L'intéressé hésita avant de répondre. À dire vrai, il n'avait pas été tout à fait honnête, et Ildrys devait s'en douter. Ceylan avait sincèrement espéré qu'il « ne soit pas son ennemi ». Cependant, la comédie qui venait d'avoir lieu lui laissait un arrière-goût de trahison. Il se sentait blessé et frustré. Frustré d'avoir, pour une fois, osé espérer trouver un allié à sa cause. Mais non, Ildrys venait de prouver qu'on ne pouvait rien attendre de lui : il servait ses intérêts en premier lieu.

Ceylan serra les dents, baissa la tête, et acquiesça lentement.

— Oui. Vous avez vos objectifs, j'ai les miens. Il serait mieux pour nous deux d'agir indépendamment et de ne pas compter l'un sur l'autre. C'est encore le meilleur moyen de ne pas être déçu.

Parce qu'il ne voulait pas croiser le regard d'Ildrys et lui montrer qu'il avait bêtement espéré son soutien sans même savoir pourquoi ou quelle raison il aurait eu d'intervenir en sa faveur, il manqua l'expression amère de celui-ci.

Cette fois, Ildrys n'avait définitivement plus envie de sourire.

— C'est votre dernier mot ?

— Oui, prononça Ceylan.

Sa décision concluait l'entrevue. Elle compromettait même grandement toute chance pour eux de se rapprocher un tant soit peu. Pire. Tandis qu'il passait derrière son épouse, le roi releva la main, tira sur l'un des pans du ruban qui ornait ses cheveux, et en défit la boucle. Les cheveux de Ceylan furent relâchés et retombèrent en marée blonde sur ses épaules.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now