Chapitre 8

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                                                   Face au Conseil

Au petit matin, Ceylan se réveilla en sursaut. Le cœur agité d'un soupçon de panique, il s'assit dans son lit et prit le temps de faire un tour d'horizon de la pièce dans laquelle il se trouvait, se montrant aussi perturbé que désorienté.

Pour commencer, il se trouvait dans son lit. Chose étonnante, car son dernier souvenir le situait dans les bains. Il se souvenait clairement avoir prolongé sa toilette et s'être alangui dans l'eau tout en grignotant le repas frugal qu'il avait commandé à ses domestiques. La chaleur de la source l'avait bercé et il avait fermé quelques instants les yeux. À partir de là, plus rien ; le trou noir. En revanche, ce dont il était certain, c'était qu'il n'était ni sorti de l'eau, ni n'avait trouvé la force de se traîner jusqu'à son lit. Cela ne laissait donc qu'une hypothèse probable : Ildrys. Jamais ses servantes personnelles n'auraient eu la force de le porter. Bien qu'on lui reprochait son apparence androgyne, il gardait le poids d'un homme, alourdi par le sommeil.

En songeant à son mari, Ceylan éprouva un profond trouble. Il visualisait parfaitement la scène : le roi le tirant de l'eau et le prenant dans ses bras, le portant telle une princesse jusqu'à la couche conjugale. Comble de l'embarras, il avait été visiblement séché et habillé. Cette constatation le fit rougir jusqu'aux oreilles et l'amena au second point relevé.

La place à ses côtés était vide. Ildrys devait soit s'être déjà levé, soit avoir encore une fois découché. Ceylan opta pour la seconde option et sentit l'amertume le gagner peu à peu. Il ne comprenait pas, surtout au regard de ce qui s'était passé entre eux la veille. Il avait senti le regard intéressé de ce dernier sur son corps. De ce seul échange, il avait acquis la certitude qu'Ildrys pouvait bien apprécier un tant soit peu la plastique masculine. De fait, le roi ne devait pas être affecté d'être marié à un homme. Alors, il n'était pas logique qu'il le fuit, n'est-ce pas ?

Cette distance blessait Ceylan. Il avait beau n'avoir avec Ildrys aucun lien autre que ce fichu arrangement et nourrir une certaine méfiance à son égard, il restait qu'ils étaient enchaînés l'un à l'autre, tous deux embarqués dans le même bateau ; avec une haine du Conseil en commun. De fait, il souhaitait que cela se passe au mieux entre eux, considérant comme normal de se serrer les coudes en pareille situation, ou au moins d'entretenir une bonne relation. Or, il traduisait les absences répétées de son époux comme une forme de rejet. Rien qu'il ne pouvait supporter. Il l'avait déjà trop expérimenté par le passé. Était-ce trop demander qu'à défaut d'être amants, ils puissent au moins devenir amis ?

Un soupir s'échappa de ses lèvres tandis qu'il quittait son lit pour se préparer. Toutefois, lorsqu'il se posta devant le miroir pour se coiffer, il remarqua un détail qu'il avait manqué. La blessure reçue lors de sa chute était déjà presque cicatrisée. À l'origine de ce miracle, la présence d'une fine pellicule d'onguent que sa peau n'avait pas terminé d'absorber.

— J'ai été... soigné ? s'étonna Ceylan en portant la main à son front.

Cette attention le perturbait. S'il peinait déjà à comprendre ce qui animait Ildrys, il était désormais complètement perdu. Ses actions ne corroboraient pas les unes avec les autres. Et plus il y réfléchissait, plus cela le rendait fou. Si bien que Ceylan finit par exulter un bon coup sa frustration par un grognement rageur, avant de décider de ne plus y penser.

Ses domestiques ne tardèrent plus à s'annoncer et à entrer pour l'aider à se coiffer et à s'habiller, mais, pour cette fois, la reine n'était pas d'humeur à se laisser autant materner. Ceylan voulut les congédier sur-le-champ, mais l'une d'entre elles le supplia de ne pas le faire. Son expression alarmée l'étonna, d'autant qu'il ne s'était jamais montré rude envers ses servantes.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now