88.Adam♤

349 21 0
                                          

La femme derrière son comptoir cherche dans les méandres de ses fichiers le numéro de chambre où a été laissée Ezra.

Elle finit par le trouver et m'indique le chemin avant de me sourire.

Je la remercie et me dirige sur ma droite pour prendre l'ascenseur. A chaque pas me rapprochant de ma destination mon rythme cardiaque s'accélère ; mon cœur menace à tout instant de me lâcher.

Mes semelles battent le sol blanc brillant des lieux et le son produit résonne dans le couloir monotone, éclairé artificiellement.

A chaque nouvelle seconde croit mon appréhension, à chaque nouvel instant se fiche une nouvelle épine dans mon épiderme.

Enfin, j'arrive devant le numéro 265. Je m'apprête à frapper à la porte mais me stoppe net, derrière fusent les éclats de voix d'un homme.

A travers la cloison je tente alors d'en capter distinctement les paroles :
 
- ... qu'une inconsciente ! Quand cesseras-tu de te comporter égoïstement ? Il serait temps que tu gagnes en maturité, tu as de la chance d'être encore en vie à l'heure qu'il est. Oui de la chance ! Remercie bien le bon Dieu et le personnels ! Et regarde-moi quand je te parle ! Parce que tu vas également apprendre la politesse et le respect. Nous ne sommes pas des chiens à ton service, ne te rends-tu pas compte de la chance que tu possèdes d'avoir des gens pour s'occuper de toi,  dans un foyer , d'avoir été prise en charge ? Des gens n'en ont pas autant que toi ! Alors réfléchis à tes actes et grandis un peu ! Tu ne te rends même pas compte de ce que tu fais.
 

Il s'époumone dans une longue tirade sans recevoir de réponse en échange.

Je connais Ezra et suis habitué à son mutisme, mais devant des paroles aussi sèches elle aurait répliqué au moins une fois, ne serait-ce qu'une.

Ce qui peut signifier deux choses : soit elle n'en a pas la force, soit elle ne peut tout simplement pas.Et l'homme reprend avec ses sermons, son emportement. Je commence moi-même à sentir la colère gravir mon être, pour qui se prend-il ? Je devine sans peine qu'il doit s'agir de son tuteur, quand bien même ce serait le cas, il n'a aucun droit de lui parler ainsi et sur ce ton. On voit qu'il ne la connait pas, qu'il ne la comprend pas et qu'il n'essaye pas.

La savoir confrontée à ces durs mots me rappelle sur terre et aussitôt j'ouvre la porte à la volée pour défier le tuteur du regard.

La quarantaine et tout de noir vêtu, il se coupe soudainement et se met à me dévisager :
 
- On ne vous a pas appris à frapper ?

- Avec vos cris vous ne m'auriez surement pas entendu.
 

Comme pour confirmer mes dires, une infirmière surgit au même instant, pestant contre le boucan provenant de la salle. L'homme en profite pour déguerpir, avant de lancer un dernier avertissement à Ezra:
 
- J'espère que la prochaine fois que nous aurons à nous voir, ce sera dans d'autres circonstances.

 
Je tourne le visage de son côté, ses yeux noir me fixent sans pour autant sembler me voir. Sur ses joues coulent des larmes silencieuses, je ne pense pas qu'elle s'en rende compte.

L'infirmière repart, refermant la porte derrière elle et nous laissant seuls.

Je secoue la tête, elle ne peut pas retomber en dépression.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant