Chapitre 25

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La nuit est censée porter conseil, mais je crois que c'est pire cette fois-ci. J'ai trop mal dormi pour la grande dormeuse que je suis. Et je déteste ça : trop penser. Et ce n'était pas à Jad, qui s'est endormi près de moi hier soir. C'était de mon ex-patron aux yeux merveilleux, de ce que je me souvienne. J'ai essayé de me rappeler notre dernier contact l'année dernière avant que j'apprenne toute la vérité, mais c'est comme si le souvenir s'était évaporé. Je ne me souviens que d'une chose : son regard perçant, qui me faisait perdre toute pensée. Il avait cette façon de me regarder, que je ne retrouve pas chez Jad. J'ai comme l'impression que Jad pourrait m'encourager à changer, à maigrir par exemple. Alors que Chris j'étais sûr que je lui plaisais physiquement à deux cent pour cent. Il avait l'air superficiel certes, mais il me disait sans cesse que j'étais belle. Jad me le dit de temps en temps c'est certain, mais c'est quand je m'habille mieux que d'habitude ou que je fais un effort de maquillage. Chris c'était toujours au moment où je m'y attendais le moins. Nous avons malheureusement passé trop peu de moment ensemble. Et j'ai comme un sentiment de regret...

Je regarde Jad qui dort et c'est malsain de penser à un autre homme alors que je partage le lit avec lui. Et pourtant... Cette nouvelle a tout fait basculer en un quart de seconde. Si Chris apparaissait devant moi là, tout de suite, est-ce que j'arriverais à lui dire de dégager de ma vie ou est-ce que je serais heureuse de le savoir en vie ? Je n'en sais rien. Il m'a menti. Et en réalité je fais la même chose à Jad, je mens sur mon identité, tout comme Chris a fait. Est-ce que Jad me pardonnerait s'il apprenait la vérité aujourd'hui ? Je soupire doucement en me levant du lit, je n'en peux plus de penser. J'enfile mon peignoir et descends dans la cuisine me faire mon café. Il est à peine huit heures du matin, ça ne me ressemble pas du tout. Je m'assois face à la baie vitrée pour pouvoir observer le levé du jour. Je bois la première gorgée de mon café et soupire à nouveau. Je n'arrive pas à savoir ce que je ressens. J'ai l'impression que j'étouffe depuis hier. Je ne peux rien faire. Il est temps que cela se termine comme dit mon frère.

Même le café ne m'a pas soulagé. Je chausse à présent mes baskets et change mon peignoir pour un gros gilet et sors de la maison. J'ai encore mon bas de pyjama, mais on pourrait croire à un jogging. Après tout, à LA, les gens sortent n'importe comment, personne ne regarde personne, et c'est ce que j'aime dans cette ville. Je fourre les mains dans mon gilet en avançant. J'inspire une bonne dose d'air et souffle. Une promenade au levé du jour, et pouvoir admirer ce spectacle me remet du baume au cœur. Je me dirige vers la plage et m'appuie contre un palmier pour profiter du calme du matin. Je ferme les yeux et continue de respirer très calmement. Mes pensées s'emmêlent depuis hier et d'habitude j'arrive à les organiser, mais pas cette fois-ci. Et je me déteste d'être vulnérable tout d'un coup. Chris m'a menti, Chris n'était rien, Chris est un connard.

— Charlize...

Mon prénom retentit dans le calme qui règne ce qui me fait sursauter. Un électrochoc me parcourt des cervicales aux lombaires. Mon prénom. Sa voix...

Je rouvre les yeux, la tête embrouillée comme si j'allais faire un malaise, mais je me reprends aussitôt en voyant cette stature de muscles devant moi, tout de noir vêtu, une casquette sur la tête et ces yeux que je reconnaîtrais parmi des centaines. Nos regards se connectent presque instantanément et mon corps réagit déjà au sien. Le sentiment de mal-être s'est évaporé, laissant place à un autre que j'ignore complètement. Du soulagement ? Je n'arrive pas à prononcer un mot. Il s'avance d'un pas, sans me lâcher de son regard. Ses doigts parcourent la courbure de mon visage, son index s'égare sur ma lèvre. Il appuie la paume de sa main sur ma joue, les bouts de ses doigts dans mes cheveux. Je crois que je rêve. Je voudrais me pincer, mais je n'arrive pas à bouger un membre. Il s'approche de moi dangereusement et je pense un instant qu'il va m'embrasser, mais non. Il pose son front contre le mien, sa casquette se relevant un peu sur sa tête.

L'amour n'a pas de tailleLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant