81.Lohan●

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Mon portable vibre à trois reprise :

- Adam?

- Mec je t'en supplie, sors moi de là.

Après les sanglots étouffés me parvient le son d'une chute, collision de l'appareil avec le sol qui aussitôt rompt notre appel.

 
Paniqué je dévale les marches, tombant à la renverse ; mon tibia s'étant pris le bord de la marche me lance mais je me redresse aussitôt et me précipite dehors, sans écouter l'appel angoissé de ma mère ne comprenant pas ce qui se passe.

Lohan qu'est-ce que tu as fait ?

 
Je frappe du pied contre le sol du bus qui me semble ne pas avancer. Dès que les portes s'ouvrent je me rue dehors, courant jusqu'à chez lui.

Je sonne, pas de réponse. Une seconde fois, toujours pas. Je clenche et découvre que la porte est ouverte. La maison est vide et comme personne ne réagit à mon appel je pénètre dans l'espace, refermant derrière moi. Je me dirige automatiquement vers sa chambre ; la porte n'en est pas close.

La fenêtre est grande ouverte, laissant voler les rideaux autour sous l'assaut du vent. La brise continue d'éparpiller les multiples papiers jonchant le sol. Partout la pièce n'est que chaos, les draps se trouvent au sol, l'étagère de cours est tombée, éparpillant son contenu. Il n'est pas là. Seul l'écho effrayé de ma voix me répond avant que je ne sorte en trombe de chez lui.

 Courant dans les rues à perdre haleine je manque de trébucher à plusieurs reprises. Je fais tous les lieux où nous allions jouer lorsque nous étions au collège, sans jamais ne trouver que des places vides. Mon affolement croit à chaque instant, mes poumons sont en feu, ma gorge en sang, mes tibias au bord de la déchirure musculaire. C'est alors que je me rappelle du vieux blockhaus en béton armé. Ultime espoir.

Il est là, possédé au centre de l'aire désaffectée, dans la poussière. Il relève soudainement la tête dévoilant des yeux rougis et exorbités sur un teint pourtant pâle. Il se relève d'un bond alors que je me jette sur lui pour le maintenir dans mes bras. Mes semelles se posent sur des éclats de verre. Je le sens aussitôt s'écrouler en larmes. Je ne l'ai jamais vu dans cet état. Le Adam que je connais est fort, insouciant. Heureux. Je le recule, le tenant fermement par les épaules, et plante mon regard dans le sien :

- Parle Adam, parle-moi.

Il s'essuie rageusement la
bouche, échappant ainsi à mon regard et déploie sa voix avec peine, faible et cahotante :

 
- J'en ai marre.

Le silence se fait et j'attends qu'il continue. Il se détache soudainement de moi, se mettant à hurler :

- J'en ai marre putain !

Je m'approche de lui mais il rejette mon bras tendu en arrière et se remet à crier de plus belle, allant percuter le mur de son poing, y laissant une trace de son sang, y empirant la blessure déjà présente.

Puis il s'écroule au sol et sa voix se fait plus faible jusqu'à se noyer dans sa gorge. Je m'accroupis calmement à ses côtés et pose ma paume se voulant réconfortante sur son épaule.

Il respire alors profondément, tête entre les mains, cheveux hérissés dans un élan de nervosité. Il a du mal mais il se concentre dans de longues inspirations pour mieux expirer ensuite. Il finit par découvrir son visage et, se laissant tomber en arrière, dos contre le mur, il me fixe alors. Un sourire piteux s'étale sur ses lèvres tremblantes :

- Pourquoi elle, pourquoi le destin est si cruelle ?

Il rit nerveusement et déglutit avec difficulté. Les traits de son visage se crispent et son rire se mue en sanglots contenus. Sa mâchoire est tendue :

- Pourquoi j'en suis tombé
amoureux ? 

Afin de se contenir il ferme fort ses paupières, essayant de chasser les nuages de ses yeux :

- Pourquoi c'est ci douloureux ?

 
Il laisse un silence pendant lequel je vais me placer à ses côtés, attendant qu'il se remette à parler. Mais il ne reprend pas la parole. Je ne sais même pas s'il peut voir à travers ses globes oculaires en proie à une marée salée. De nouvelles larmes roulent, s'ajoutent au tracé humide présent sur sa joue. Finalement sa voix se déploie, dans un murmure :

- Je l'aime, Lohan , je l'aime et  aujourd'hui tout vient d'exploser.

-  Qu'est ce qui c'est passé ?

- L'amour est une destruction.

- L'amour c'est comme la guerre, facile à démarrer, difficile à finir... et impossible à oublier. Elle t'a largué ?tu t'en remettra mon pote .

 
Je m'oblige à rire,
silencieusement.Lohan quant à lui n'en a pas la force.
 

- Merci d'être venu.

Je me tourne vers lui le cœur battant et lui souris à mon tour. Nous nous levons tous les deux, moi d'abord avant de l'aider à se lever à son tour. Il masse sa main blessée avec une grimace de douleur et nous nous en retournons tous deux en direction de chez moi. Une fois dans ma salle de bain je m'attache à la lui soigner tandis qu'il récupère. Je peux presque sentir sa gorge se serrer et sa boule au ventre. Comme dans un moment d'unité parfaite. Cette fille, la détruit.

 Cette nuit il dort chez moi. Alors qu'il est couché à ma droite et que la nuit est déjà installée depuis plusieurs heures, j'entends des sanglots étouffés. 

Je suis là Adam.

 

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant