74.Adam♤

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- Adam, je peux entrer ?

Je fais mine de n'avoir rien entendu.

Elle ouvre la porte, se faufile dans ma chambre, plongée dans le noir. Je sens son souffle derrière moi, ses mains moites, son air anxieuse  et ses mots coincés dans sa gorge, ses excuses d'exister, d'être venu au monde et de m'avoir rencontré.

-Ça va ?

Je l'ignore encore. Je suis assis sur le rebord de ma fenêtre. Le ciel de la nuit est noir. C'est triste que la seule chose qui brille là-haut soit un avion qui survole le ciel à toute vitesse. Les étoiles se sont éteintes sous la lumière des réverbères.

-Ta mère veut qu'on vienne manger, tu viens ?

Ce que m'a dit Betty tourne en boucle dans ma tête. Qu'elle la connaissait mieux que moi, que c'était un monstre. Et le reste, j'ai oublié, encore, comme si quelque part, mon cerveau ne retenait que le plus dur à chaque fois, le plus marquant.

Je soupire en esquivant son regard. Ezra me tend la main, je fais semblant de ne pas voir, je rejoins ma mère  en bas. Elle est  assise à table , je suis fatigué, épuisé, exténué même, je ne veux pas la voir, je ne veux pas l'entendre. Il y a un silence pesant, le bruit des couverts qui tintent sur les assiettes, la télévision en fond sonore. Ma mère brise le silence. D'une voix sèche, qu'elle n'avait plus sonné comme ça, aussi durement, depuis très longtemps .

- Je veux que vous arrêtez , Ezra tu n'est pas une bonne fréquentation pour mon fils . Je veux un avenir meilleur pour lui .

- Qu'est ce qui te prend maman ? T'es folle?!

- Adam,  demain après-midi, tu as rendez-vous avec ta psychologue à quinze heures. J'ai déjà prévenu le lycée.

-Pourquoi ?

-C'est comme ça, tu discutes pas.

-Hors de question que tu nous sépare .Hors de question que je remette les pieds chez la psy.

-Tu commence pas, s'il-te-plaît.

-J'ai plus faim.

Je quitte la table après quatre bouchées d'une purée dégueulasse et je retourne m'installer sur le rebord de ma fenêtre avec ma musique au volume maximum dans mon casque. Rien à foutre du monde extérieur….

Au bout d'un certain temps, j'entends ma porte s'ouvrir et des bruits de pas dans mon dos, mais comme j'ai toujours le front collé contre ma fenêtre et que je suis bien, je ne me retourne pas.

-On y va ?

Elle murmure ces mots, doucement, pour que je sois la seul à l'entendre. Je n'ai pas envie ce soir. Pas envie de sortir de ma chambre, d'aller dans le froid, dans le vent, on a passé la journée dehors à errer dans les rues. Mais j'accepte tout de même parce qu'elle est avec moi . 

-Ouais, on y va.

J'ouvre la fenêtre, enfile une paire de pompes, une veste et je m'élance dehors, sans regarder l'heure, sans prendre la peine d'éteindre la lumière, ni rien de tout ça. Elle me suit. Elle n'a pad peur de sauter. On dirait unehabitué.

-Tu fais la gueule, Adam?

-Non, non, c'est rien, désolé. Je suis fatigué.

C'est la vérité, je ne fais pas la gueule.

J'ai passé la journée la plus drôle de ma vie, avec elle. C'était bien, de sécher les cours. Je le referais, si je pouvais. Si je n'avais pas une mère tout le temps sur mon dos à vérifier que je rentre comme il se doit dans mon rôle de gamin parfait, même si j'essaye d'échapper à la règle comme je peux. C'est pour ça, la psy. Pas pour que j'aille mieux mais pour que j'arrête de faire tâche. C'est pas bien, un mec qui souffre. Ça rentre pas dans les normes.

Et Betty,  elle m'a perturbé, avec ses horreurs qu'elle m'a rentré dans la tête. J'essaye de voir Ezra tel que je le connais et non pas comme les autres la vois..

On marche les quelques deux cent mètres qui nous séparent et puis, elle s'arrête, se retourne et me dévisage.

- Adam ?

- Oui ?

- Séparons -nous.

- Pardon ?

- Mettons fin à tout ça... ok ? peut être que ta mère à raison ... peut être que tu serais mieux sans moi . Peut être que tu vaut mieux que sa .

- Je t'interdis de dire sa!! qu'est ce que t'en sais ? c'est toi. C'est avec toi que je veux être, m'en fou de ce que ma mère peu dire .

- Je sais mais -

Je tapais nerveusement dans un petit caillou qui s'était malheureusement retrouver sur mon chemin.

- Tu pense sincèrement que nous aurons un avenir ensemble ? Adam regarde moi.

- Partons. dis-je doucement

Quoi? me demanda-t-elle surprise.

- Partons loin de tout ça, Ez. Loin des paroles de ma mère et de tout les autres  . Fuyons ensemble, là où notre amour ne sera pas désapprouvé.

Je collais mon front au siens, inspirant les faibles particules de son parfum qui flottaient dans l'air. Elle posa tendrement sa main sur ma joue, inspirant profondément.

« Adam, on ne peux pas. »

« On ne nous laissera jamais vivre notre amour pleinement ici, tu en es consciente? ma mère acceptera jamais qu'on soit ensemble. » dis-je en fronçant les sourcils, déçus de sa réponse.

« Avec le temps, je suis sûr qu'elle comprendra, Adam. »

Je me défis de son emprise, marchant dans la direction inverse à la sienne. Le dos tourné à elle, je fixais un point devant moi, tentant de me calmer.

« Adam. » commença-t-elle.

« Je comprends. » la coupais-je. « Tu ne veux plus de moi. » soufflais-je sèchement, sans m'en rendre compte. « J'ai été égoïste de penser que tu préférais passer le reste de tes jours avec moi plutôt que seul  »

Elle voulut attraper ma main, mais je la retirais à son toucher. Je pouvais deviner la douleur qu'elle ressentait à ce moment précis. Et je m'en voulais de la faire souffrir. Mais la déception mêlée à  la colère agissaient en moi .

« Non, laisse-moi. »

« Je ne voulais pas- »

« S'il te plait Ez. » rajoutais-je en insistant.

Je savais que si elle restait, j'allais passer mes nerfs sur elle. Et je ne voulais pas encore plus aggraver la situation.

Je l'entendis souffler lourdement derrière moi avant qu'elle ne rajoute : « Très bien. », puis les bruits de ses pas résonnèrent, me prévenant qu'elle faisait elle aussi demi-tour.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant