LE VENT NOMADE

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Les nomades les escortent en silence, chevauchant leurs dromadaires. Aubert a avoué à Alceste détester ces montures oscillantes. L'Élu admire le mage dont les connaissances semblent illimitées. Derrière lui, Aberden, la main droite tenant fermement la poignée de son épée, est constamment sur ses gardes. Tout comme Magog, que la présence des pillards rend très nerveux.

Othe a expliqué à ses compagnons qu'ils ne pouvaient échapper aux combattants des sables. Ceux-ci, vêtus de longs vêtements en coton de couleur sombre, portent des foulards qui masquent leurs visages. Seul l'éclat de leurs regards offre un miroir énigmatique aux prisonniers.

À l'époque où l'ancien conseiller était en garnison à la Marche du Sud, la réputation de bravoure de ces aventuriers du désert avait traversé les frontières.

Le groupe d'une cinquantaine d'individus n'a laissé aucune chance aux étrangers. La silhouette aperçue au sommet de la dune servait de diversion, pendant que le reste de la troupe encerclait méthodiquement leurs proies. Les mâchoires du piège se sont refermées, sans que les cinq hommes ne se doutent de quelque chose.

Aubert peste encore contre sa naïveté. Alceste comprend sa fureur d'avoir été berné, alors qu'il est censé être familier des lieux. À quelle occasion s'est-il retrouvé dans cet enfer sableux ? Pourquoi tenait-il autant à venir dans un endroit où survivre semble la seule raison d'être ?

Malgré la chaleur écrasante, les fiers guerriers progressent à travers les dunes venteuses. Le rayonnement du soleil atteint un point culminant dans les Terres Brûlantes. La soif tenaille Alceste tout autant que ses compagnons. En plus du passager, les dromadaires transportent des outres en cuir à la panse gonflée. À croire que malgré la sécheresse, leurs ravisseurs évitent de boire.

Alceste aimerait bien savoir où les nomades les conduisent. D'après Aubert, leur itinéraire pourrait mener au campement du chef de toutes les tribus du désert. Peu de décisions sont prises sans l'avis du patriarche. En se basant sur la position du soleil, le mage estime qu'ils ont obliqué en direction du sud-est.

Les rayons de l'astre lumineux brûlent leur chair surexposée, au point qu'Othe Monclart finit par perdre connaissance et tomber de cheval. Alceste est soulagé quand deux guerriers s'arrêtent pour charger le noble inconscient sur un dromadaire. Apparemment, les ordres sont de ramener toutes les prises vivantes.

Quand enfin le jour décline, un froid mordant succède à la chaleur insoutenable. Des détonations rappellent au jeune homme que des pierres éclatent sous l'effet de la différence de température. La lune offre une pâle clarté, faible réconfort aux voyageurs exténués.

Après une succession de descentes et de montées abruptes, une oasis surgit dans le désert. Des dizaines d'habitats en toile se dressent à proximité d'une nappe phréatique. Leur arrivée ne passe pas inaperçue, des cris se mêlent à des chants de victoire. Des fillettes, surgies de nulle part, jettent des noyaux sur les têtes des étrangers et des gamins crachent sur leur passage.

Une tente plus grande que les autres, confectionnée avec du tissu raffiné, se dresse au milieu du camp des nomades.

— La résidence du chef des bandits, murmure Aberden. Il va falloir jouer serré. Les nomades ont le sens de l'hospitalité, mais aussi la réputation de ne pas laisser de témoins parmi les convives.

Après avoir mis pied à terre, les prisonniers sont poussés sans ménagement vers l'entrée de la tente. On les fouille méthodiquement, confisquant toutes leurs armes – au grand désespoir de Magog et d'Aberden – puis on les oblige à se déchausser.

À l'intérieur de la demeure de toile, une relative fraîcheur règne. Les sautes d'humeur du vent font frémir les étoffes chamarrées qui décorent les parois. Des tapis aux couleurs vives recouvrent le sol sableux.

T3 - LES FRAGMENTS DE DISCORDELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant