~14~

29 5 0

Le Salamandre était immense ! Je m'étais très vite rendu compte, en arrivant la veille, que le bateau était haut et plutôt long. Au moment de le traverser pour rejoindre la poulaine, j'avais pu confirmer cette impression. Cependant, lorsque j'en fis le tour presque complet avec mon père et Kelid, je découvris un monde qui m'avait été caché jusque-là. Sous le pont principal, se trouvait un autre niveau, tout aussi vaste, mais bien plus sombre. Il y avait là plusieurs espaces que mon père baptisa des pièces. La plus grande d'entre toutes, s'étalait sous le pont principal et était traversée de nombreux piliers. Comme des troncs ou des branches, mais parfaitement droites. Cela permettait de soutenir le sol au-dessus de nos têtes, m'expliqua mon père en prenant le temps de tout traduire. À la proue, l'espace derrière la première séparation était rempli de marchandises que mon père ne m'énuméra pas. À la poupe se trouvait une partie des couches de l'équipage.

— C'est là que tu dormiras bientôt, m'apprit mon père.

Lorsqu'il me laissa regarder, je découvris des draps tendus un peu partout et quelques couches similaires à celle que j'avais occupée la nuit précédente. Entre ses deux pièces s'étendait la salle des canons. Il m'en expliqua le principe en quelques instants et me décrivit les dégâts que ces objets étranges pouvaient faire. J'en restai horrifiée jusqu'à ce que mon père passe à un autre sujet. Il me montra comme chaque chose était toujours arrimée. Le bateau était toujours en mouvement, même lorsqu'il était à l'arrêt et ce qui n'était pas accroché risquait de tomber. Tout devait donc toujours être solidement ficelé à un élément fixe.

— Kelid t'apprendra à faire des nœuds solides, conclut-il. Remarque qu'ici, il n'y a personne. Ce n'est pas un lieu pour trainer ou se promener. D'ailleurs, il y a toujours quelque chose à faire ailleurs.

Il nous entraîna au niveau inférieur. L'endroit était encore plus sombre et, bien que nous fûmes à la hauteur du renflement de la coque, c'était également bien plus exiguë. Il régnait une chaleur moite et mon père me traina dans ce qu'il baptisa un couloir, jusqu'à la poupe. Là, il me montra une partie de la salle des machines et j'avoue n'avoir pas compris grand-chose de ce dont il me parla.

— Pour faire simple, résuma-t-il en voyant ma grimace d'incompréhension, toutes ces choses que tu vois là sont très chaudes et produisent de la vapeur. Comme de la fumée. Cette vapeur, une fois comprimée permet de générer de la force qui nous est utile à de nombreuses choses. Tu verras tout à l'heure.

— D'accord, conclus-je alors que je n'avais pas plus compris. Tu parles souvent de « heure ». C'est quoi ?

— Hein ?

— Tu as dit tout à l'heure. Tu m'as aussi dit que Meult pouvait parler pendant des heures de fumage, une fois. Qu'est-ce que ça veut dire « heure » ? insistai-je.

— Oh ! L'heure... c'est la mesure du temps.

— Comme le sablier ? souris-je contente de comprendre enfin quelque chose.

— Oui. Ce que vous appelez un sablier est en fait la durée d'une heure. Mais votre sablier n'en est pas vraiment en un, en réalité, du coup je ne suis pas sûr qu'il dure vraiment une heure.

— Pourquoi ce ne serait pas un sablier ? m'étonnai-je.

— Parce que vous mettez des graines de je ne sais quoi dedans. Le mot sablier vient du fait qu'on met du sable dedans, tout bêtement. Le sable, c'est les grains qu'il y avait sur la plage. Lorsque c'est sec, les petits grains s'écoulent facilement et de façon très régulière. C'est ainsi qu'on peut mesurer le temps. Ainsi, une journée dure exactement vingt-quatre heures. Chaque heure est divisée en soixante minutes, elles-mêmes divisées en soixante secondes. À partir des jours, on peut également mesurer les semaines, qui font sept jours, du lundi au dimanche, et avec trente jours, on obtient un mois. Douze mois forment ensuite une année. L'équivalent de ce que vous appelez un rituel.

Les yeux bleusWhere stories live. Discover now