Chapitre 6

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                                                                 Ankhanet


Ceylan ne s'attarda plus en discussion et s'engouffra dans le passage secret dont l'existence était la preuve de l'amour du premier roi d'Alberial pour ses favorites. Il avait en effet tenu à ce qu'une sortie de secours leur soit aménagée par soucis de sécurité, s'il avait dû arriver quelque chose au palais et qu'elles ne puissent fuir par l'entrée principale. À aucun moment il n'avait craint qu'elles l'utilisent pour autre chose, car, après tout, les concubines n'étaient pas des prisonnières. Elles étaient libres de quitter le palais si elles souhaitaient retourner à une autre vie, même si pas une, dans l'histoire de la dynastie Bel'Azal, n'avait renoncé à ce privilège et à cet honneur. La seule règle était ne jamais divulguer l'existence de cette ouverture à qui que ce soit, sous peine d'y perdre la confiance du roi.

Mais Ceylan n'était pas une concubine. Les règles ne s'appliquaient pas pour lui. Souvent, par le passé, il avait profité de cette échappatoire discrète pour arpenter les artères de la capitale. Nombre de commerçants et d'artistes de rues le connaissaient et lui réservaient toujours de cordiales salutations. Les petites-gens étaient plus ouverts à sa différence que les grandes pointures de la haute société. S'il n'avait pas échappé à son lot de moqueries et de murmures derrière son dos, au tout début, il avait malgré tout su gagner un certain respect dans le cœur de nombre d'entre eux.

La raison à cela était simple. D'un naturel curieux, le prince s'était intéressé aux plus démunis, à ceux dans le besoin ou dans la détresse, et c'était arrangé autant que possible pour leur prêter une assistance discrète. Un coup de main pour quelques travaux, un peu de nourriture rapportée pour des mères qui peinaient à nourrir leur progéniture, des couvertures pour des sans-abris, voir même un peu d'or distribué aux enfants des rues. Les projets de sa mère concernant le peuple avaient d'ailleurs en grande partie été influencés par ses enquêtes sur place, et c'était bien pour cela qu'il avait autant à cœur de les voir maintenus et réalisés.

Pour l'heure, sa priorité allait à Ankhanet, un quartier situé en périphérie de la capitale. Pas d'habitations sur place, si ce n'étaient quelques tentes pour les ouvriers. L'endroit n'était rien d'autre qu'un gigantesque chantier duquel était extrait de précieux minerais dédiés principalement au commerce avec les royaumes voisins, Anouker et Huanjin. L'un des plus grands, à dire vrai.

Cela faisait des années que les mineurs y travaillaient. On dénombrait des centaines de tunnels creusés à des profondeurs variables, s'articulant autour de nombreux carrefours, et s'étendant sur des kilomètres de long. Une véritable termitière. Mais justement parce qu'ils avaient tant miné, les incidents se multipliaient ces derniers mois. La liste des victimes d'éboulements s'allongeait chaque jour, et nombre de foyers étaient en deuil. Il n'était pourtant pas question pour les hommes de renoncer, cet emploi leur garantissant un salaire plutôt généreux. Il revenait de fait à Ceylan de leur assurer des conditions de travail décentes. C'était le moins qu'il pouvait faire, et il entendait bien s'y dévouer corps et âmes, qu'importe l'avis du Conseil.

Son esprit était déjà sur place. Il ne restait qu'à faire en sorte que son corps le rejoigne. Traverser la capitale pour gagner Ankhanet pouvait prendre facilement deux heures de marche en passant par les grandes axes. Cependant, Ceylan connaissait des raccourcis, et n'entendait pas s'y rendre à pied. Il avait un allié sur qui compter : un marchand du coin avec qui il avait su lier de profonds liens. En échange de son âne qu'il empruntait à l'occasion, il l'aidait régulièrement à ranger les caisses qu'il recevait lors de ses approvisionnements. L'homme n'étant plus tout jeune, un coup de main n'était pas de refus.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now