68.Adam

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Je sais juste que quand on passe le seuil de la porte d'entrée de chez moi, ma mère nous saute limite dessus en hurlant qu'il est vingt deux heures, que c'est n'importe quoi, qu'elle a failli appeler la police pour deux adolescents portés disparus ». Ma mère, c'est un cas.

-On était chez Ezra, elle devait prendre des affaires et on a traîné un peu, pas la peine d'en faire toute un plat maman, c'est bon, calme.

-Et elles sont où, les affaires ?

Je me retourne vers Ezra et j'éclate de rire. Génial. Donc la prochaine fois, je fermerai ma gueule au lieu de nous enfoncer encore un peu plus.

-C'est le manteau que je porte sur moi en fait, madame.

Elle lui fait un sourire et comme personne résiste à son sourire d'ange adorable trop mignonne et qui fait fondre, ma mère peut pas s'empêcher de lui sourire en retour.

-Je t'es déjà dit de m'appeler par mon prénom…

Je m'apprête lui dire de se calmer et de retourner mettre la table au lieu de faire des grands yeux tout doux dès qu'elle ouvre la bouche, mais je me retiens.

Elle a du charme. Parce que, je sais pas, c'est dingue l'effet que ça fait, même à un inconnu qu'elle croise dans la rue. Charismatique, c'est le mot qu'on utilise une fois dans sa vie, mais comme il colle bien à Ezra,je devrais le dire plus souvent. En tout cas, elle est à moi. Complètement à moi. Entièrement. À moi tout seul.

-On mange quoi ? J'ai la dalle.

Et puis y a moi. Mais c'est pas grave parce que je suis à Ezra.Et comme je suis à elle, c'est que je dois pas être si mal que ça.

-Une quiche aux poireaux, c'est mamie qui l'a faite alors tu fais un effort.

-C'est une blague ?

-De quoi ? La quiche aux poireaux de mamie ?

Je rigole. Ma mère m'ébouriffe les cheveux, ça, c'est son cliché préféré, ébouriffer les cheveux de son gosse comme dans les films. Je supporte pas.





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La tarte aux poireaux est absolument dégueulasse, mais venant de ma grand mère , ça m'étonne pas tellement. C'est la seul chose quelle ne réussie pas.

Ezra se force mais je vois bien à son air que ça ne lui plaît pas. J'ai avalé trois bouchées, ça m'a suffi, merci bien.

-C'est super bon !

- Ezra, ça va, te force pas.

Elle rigole un peu.

-Je me force pas !

Bon. C'est clairement horrible et je sais pas qui va le dire mais on peut pas rester le ventre vide comme ça.

-C'est pas si mauvais que ça.

Ma mère est un zombie ou alors, ça faisait des années qu'elle n'avait pas mangée une vraie tarte aux poireaux.

- Mais c'est des poireaux que tu as mis dedans ?

-Tarte aux poireaux, comme son nom l'indique,  réplique ma grand mère.

Elle est vexé. Elle a répondu avec un air irrité, elle peut se lever et quitter la table à tout moment. Mais j'ai trop faim, moi. Je vais pas manger que ça. C'est au moins la troisième bouchée qu'Ezra prend, je lui tape la jambe sous la table pour attirer son regard et j'essaye de lui faire comprendre que c'est dégueulasse et que je l'interdis de manger plus que ça. Avec le regard, c'est pas facile, mais je tiens à sa santé, moi, j'ai pas envie qu'elle finisse la tête dans la cuvette toute la nuit.

-Maman, tu peux faire des pâtes bolo ? Je demande

-Vous aimez pas ma tarte, c'est ça ? Dites que je sais pas cuisiner, aussi ! dit ma grand mère

-Ben goûte, toi. Tu verras bien.

Non mais ça va, c'est bon, elle va pas non plus nous engueuler alors qu'elle en a pas pris une seule bouchée.

Nous avons finis par manger des pâtes, après le repas Ezra et moi comme à notre habitude ,sommes monter dans la chambre.

TOC TOC TOC

- Adam ,je peux entrer ?

Je fais mine de n'avoir rien entendu. Elle ouvre la porte, se faufile dans ma chambre, plongée dans le noir.

-Ça va ?

Je l'ignore encore. Je suis assis sur le rebord de ma fenêtre. Le ciel de la nuit est noir. C'est triste que la seule chose qui brille là-haut soit un avion qui survole le ciel à toute vitesse. Les étoiles se sont éteintes sous la lumière des réverbères.

- J'suis juste venu te dire que demain après-midi, tu as rendez-vous avec ta psychologue à quinze heures. J'ai prévenu le lycée, tu pourras sortir plus tôt.

-Pourquoi ?

-C'est comme ça, tu discutes pas.

-Parce que c'est une solution pour toi de m'envoyer voir une femme à moitié folle que je connais à peine et qui essayera de combler le vide en me posant des questions toutes aussi débiles les unes que les autres parce que je ne lui adresserai pas plus de trois phrases en tout et pour tout pendant les trois heures de consultation qu'elle te facturera soixante-dix euros ? Tu crois que ça va m'aider ? Franchement ?

-Tu commence pas, s'il-te-plaît.

Je sais qu'Ezra  n'est pas endormie , je la regarde sur le lit, elle est allonger dos à nous , espérant avoir un quelconque soutient de sa part, n'importe quoi, mais rien .

Puis ma mère s'en va.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant