Candice venait de finir son café. Elle en désirait un autre mais ne pouvait s'empêcher de continuer d'écrire, tapant sur son clavier, toutes les pensées qui traversaient son esprit. Elle les recyclait et en faisaient des histoires. Mais toutes avaient un point commun, lui. Chaque nouvelles étaient inspirées de son regard, de son sourire et de tous les charmes qu'elle voyait en lui. Elle avait froid mais un seul souvenir de cet homme la réchauffait. Elle percevait, du plus profond de son âme, toute la chaleur concentrée dans les yeux de son amant.
Epuisée chaque matin de se réveiller a coté de son mari, les seules choses qui la maintenait en vie était les nuits qu'elle passait avec son amour caché. Deux fois par semaine, son mari travaillait la nuit. Deux fois par semaine, Candice revivait la nuit. Le Mardi et le Jeudi, de huit heures à huit heures, soit vingt quatre heures de liberté, cachée, changée.
« Plus que cinq heures » pensait-elle. Elle passait ses journées à attendre ses nuits, avec lui. Encore une fois elle aura l'occasion de s'échapper, elle songeait parfois à s'enfuir, avec lui. Elle avait tout prévu, ils s'échapperaient de cette ville prisonnière de la routine dans une voiture vintage qu'elle volerait à son mari. Elle se disait qu'il ne s'en rendrait jamais compte, il ne fait attention à rien, pas même à elle, et c'est en songeant à cela que son idée de fuite se renforça. Ils rouleraient toutes la nuit, s'embrasseraient parfois et soudain s'arrêteront. Cela ferait des heures qu'ils avançaient vers leurs nouvelles vies, ils y seraient, enfin. Elle était décidée, cette nuit tout commence.
Plus que trois heures. Tandis que son mari était, comme à son habitude avant chaque nuits de travail, dans les bras de Morphée, elle préparait avec désir et douceur ses bagages pour son nouveau départ.
Plus que deux heures. Allongée dans sa baignoire, seuls deux bruits résonnaient dans sa tête. Loin, elle entendait sans écouter l'eau chaude qui s'écoulait, mais tout près, l'écho de ses pensées : comment allait-elle lui annoncer que cette nuit, ils s'en iraient.
Plus qu'une heure. Son mari dévorait le risotto qu'elle avait fait peu avant de s'en aller écrire quelques mots sur son clavier. Elle le regardait, mangeait peu mais souriait. Elle ne le reverra plus. Cet homme qui ne lui donner pas un regard, pas un sourire, pas un geste depuis des années. Elle se rappelle la première année, tout est allé si vite, trop vite. Heureux, spontanés et amoureux, mariage après cinq mois, les sept suivants furent magnifiques. Jusque l'année suivante. Soudainement, plus rien. L'âme de son bien-aimé était partie. Sa sœur décéda, il mourra avec elle. Des années après et encore aujourd'hui, son âme reste enterrée. Candice le comprenait mais ne le supportait plus, elle le regardait encore puis leva les yeux en direction du ciel et espéra : « Un jour, tu retrouveras cet amour et cette fougue que tu as perdue. Je t'ai aimé, quelqu'un d'autre le pourra. Cesse de t'empêcher de vivre ou bien fait comme moi, revit. Adieu Michael. ». Elle aurait aimé le lui dire à haute voix. Elle posa pour la dernière fois les yeux sur lui, il fit de même sans savoir ce qui était en train de se passer. Elle lui fit un sourire compatissant, lui ne saisit pas, baissa les yeux et bu son verre de vin rouge. Ils se levèrent. Michael prêt à partir travailler lui souffla : « A demain, bonne nuit. ». Elle ne répondit rien.
Vingt heures piles. Ses valises dans le coffre de la voiture volée elle roule, arrive devant la maison de son amant et sonne. Il ouvre, elle sourit. Il lui dit d'entrée, elle lui dit de sortir. Il ne comprend pas, elle lui explique tout. Il lui répond que c'est impossible, elle lui demande pourquoi. Il lui annonce qu'il voulait mettre fin a leur relation, elle s'en alla.
Elle décida de rentrer, mais pas pour l'éternité. Elle écrivit sur un feuille froissé quelques phrases pour son mari, et l'accrocha sur le pare-brise de la voiture, garé à une dizaine de mètres de la maison.
Elle s'empara d'un bidon d'essence et dans leur chambre recouvrit chaque meubles, chaque recoins, chaque décorations, tout. Enfin elle se couvrit de celle-ci en se versant un deuxième jerrican du haut de son visage jusqu'à la pointe de ses orteils. Brula une allumette, ferma les yeux et se laissa tomber sur son lit en même temps qu'elle laissa tomber l'allumette.
Peu de temps après, alerté par les voisins, Michael arriva, paniqué. Une partie de sa maison incendiée, les pompiers qui s'en occupait... Il trouva la lettre. Candice lui avait tout écrit, ce qu'elle pensait, ressentait, l'histoire avec son amant, tout. Mais une chose l'avait frappée plus que toutes les autres, cette dernière phrase : « Le cœur de ta sœur n'a pas lâché, je l'ai tuée, brulée comme moi, je te voulais, rien qu'à moi, j'ai échoué, mon amant ne m'a pas sauvée, alors je pars m'excuser au près d'elle. Au revoir Michael. ».
