Chapitre 4

159 13 2
                                    

Une fois de plus, la nuit n'a pas été paisible, bien au contraire. À peine rentrée de son excursion enfreignant le règlement, elle s'était hâtée de prendre une douche brûlante, laissant les dernières traces de sang disparaître avec l'eau sous ses yeux. Puis elle avait passé quelques heures supplémentaires éveillée, retournant encore et toujours dans sa tête tous les évènements récents. Dans un premier temps elle s'était surtout interrogée au sujet de Samaël, si c'est bien son nom du moins. La façon dont il le lui a donné ne sonnait pas très naturelle et peut donc facilement laisser penser le contraire, d'où son doute. L'autre partie de la nuit, elle l'a passée à dormir et à rêver, ses préoccupations se montrant dans ceux-ci, puisqu'ils étaient assez obscurs, seulement éclairés par intermittences lorsque des yeux phosphorescents faisaient leur apparition. De plus, le mystérieux brun était également présent, bien qu'il soit resté totalement silencieux. Mais elle ne sait pas ce qu'elle doit en déduire, que ses inquiétudes la suivent jusque dans son sommeil ce n'est pas si étonnant, mais ça ne l'aide absolument pas. Le seul résultat produit est qu'elle ne se sent absolument pas reposée. La journée à venir promet d'être plutôt déplaisante.

C'est dans le plus grand silence qu'elle se prépare, cherchant encore une explication à la présence du jeune-homme dans sa chambre la veille. Il n'y a aucune raison logique indiquant comment celui-ci s'est retrouvé ici, personne à part l'occupant de la chambre n'est censé pouvoir ouvrir la porte. Se rappelant parfaitement qu'elle commence sa journée par un footing avec le dernier arrivé au Pavillon, elle ne se donne pas la peine de s'encombrer d'un sac. Une tenue de sport et une paire de chaussures de course suffiront amplement. Elle attrape en douceur ses mèches brunes, qu'elle prend le temps de rassembler en une natte serrée, tandis qu'elle descend pour sortir du bâtiment. Le faire en avançant dans les escaliers n'est pas chose facile, mais elle y arrive tant bien que mal. Une fois à l'extérieur, elle remarque la présence de Quentin, nonchalamment appuyé contre l'un des murs du porche d'entrée.

— Je suis en retard ?

Il tourne la tête vers elle, la dévisageant des pieds à la tête avant de se décoller du mur pour lui faire face. Ce qui lui laisse le champ libre pour l'observer d'un peu plus près, elle s'attarde un court instant sur ses cheveux châtains décoiffés et ses yeux noisette qui la dévisagent en retour.

— Non. Tu es parfaitement à l'heure, voire même un peu en avance.

Elle acquiesce, avant de planter à nouveau son regard azur dans celui du jeune-homme, sorte de test silencieux.

— Prêt à y aller ?

— Bien sûr.

— Tu préfères passer par le parcours classique qui suit les chemins longeant le bâtiment principal et les différents Pavillons ou le parcours que j'emprunte d'habitude, qui exploite l'immensité de la forêt et le long du lac en contrebas ?

— Le second si possible, j'ai l'habitude de courir et ce sera plus profitable si il y a quelques difficultés.

— Parfait, suis-moi.

Elle ne dit rien de plus et ne le laisse pas paraître, mais ce choix lui permet de monter dans son estime. Au moins ce n'est pas une poule mouillée qui se conforme à la solution la plus attendue, celle de facilité. Il ne proteste pas ou n'essaie pas de la faire communiquer davantage, il se contente d'obtempérer et de la suivre tandis qu'elle s'élance vers la forêt. Dans un premier temps ils ne font que trottiner jusqu'à l'orée de celle-ci, où elle s'arrête avant de se tourner vers son compagnon forcé de course matinale.

— On va faire quelques étirements avant de s'y mettre franchement, je cicatrise vite mais je ne suis pas insensible à la douleur, donc si je peux éviter les courbatures je vais le faire.

Sylfaen - Tome 1 : Le PhénixOù les histoires vivent. Découvrez maintenant