Chapitre 3

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                                                               Le mariage

Depuis trois jours, le palais était en ébullition. Les serviteurs se pliaient en quatre pour achever les préparatifs dans les délais fixés. Le moment fatidique approchait à grand pas et Ceylan était nerveux. D'ici une paire d'heures, son sort serait scellé et il n'était pas peu dire qu'il redoutait cet instant.

Les rumeurs couraient dans les couloirs. Les domestiques se livrant volontiers aux commérages, il avait insisté auprès de ceux d'entre eux avec lesquels il avait pu avoir de rares interactions, étant confiné depuis le tournoi au sein du sérail, pour recueillir de maigres informations. Ce qu'il en avait tiré n'avait fait qu'alimenter plus encore son anxiété. Le vainqueur, son futur époux, était décrit tantôt en dieu vivant, tantôt en monstre sanguinaire. La seule information commune à tous restait celle de sa victoire aussi expéditive que sanglante. Il allait épouser un assassin.

Cette pensée avait tourné en boucle dans son esprit. Soudain, il n'y tint plus. Se détournant de la glace à laquelle il ne prêtait aucune attention, il fit volte-face pour échapper aux mains agiles de Keldia, occupée à arranger quelques mèches rebelles dans ses cheveux.

— Keldia, je suis mort de peur.

Tout d'abord surprise, le visage de la concubine s'éclaira d'un doux sourire.

— Je sais, Altesse. Mais je vous assure que vous ne devez pas avoir peur. Tout se passera bien.

— Comment peux-tu en être aussi sûre ? Tu l'as entendu comme moi, n'est-ce pas ? Ce prétendant a tué tous les autres participants. Le Conseil lui-même craint cet homme !

— Est-ce une mauvaise chose ? retourna-t-elle. Le Conseil vous est hostile. Peut-être est-ce dans votre intérêt que le prochain roi sache se montrer influent à son encontre.

— S'il ne me tue pas à mon tour une fois le mariage... consommé.

— Pourquoi vous tuerait-il ? s'étonna la jeune femme.

— Aucune condition ne stipule dans le contrat que ma vie doive être préservée une fois le roi sur le trône. Or, je ne vois pas pourquoi cet homme s'encombrerait de ma présence... D'autant que je doute que celui-ci se soit présenté avec un véritable penchant pour un partenaire du même sexe. Regardons la vérité en face : je ne suis qu'une épreuve désagréable à passer, rien de plus.

Les épaules de Ceylan s'affaissèrent en même temps que le ton de sa voix s'effondra.

— Une épreuve, peut-être ; désagréable, je ne pense pas. Vous êtes une personne généreuse et agréable à vivre, mon prince. Même sans vous aimer de cet amour qui lie les âmes, nul ne pourrait trouver votre présence désagréable, encore moins au point de vouloir vous ôter la vie. Et qui sait, votre sourire saura peut-être conquérir le cœur de votre futur époux ?

— Je doute que cela soit si simple. Dans tous les cas, Keldia, il pourrait bien m'aimer, je ne vois pas ce qui me pousserait à tomber amoureux de lui en retour. Les hommes ne m'attirent pas.

Keldia se mit à rire tout en défendant sa position.

— Parce que vous n'avez jamais été amené à en approcher de manière aussi intime. Mais dois-je vous rappeler qu'il en va de même avec les femmes ? Il est peut-être un peu tôt pour parler de vos préférences, ne pensez-vous pas ? Nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Et si les corps ont un sexe, les âmes n'en ont pas. Vous seriez surpris de voir avec quelle facilité certaines peuvent se lier sans distinction de ce genre. L'amour, ne se résume-t-il pas finalement à être avec celui ou celle qui nous correspond ? Gardez vos horizons ouverts, Altesse, et ne rejetez pas d'emblée cette possibilité. Livrez-vous simplement, et prenez ce que cette personne consentira à vous donner. Là, et seulement là, vous saurez.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now