Chapitre 2

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                                                      Le tournoi des prétendants


Deux semaines plus tard —

L'annonce avait fait le tour du royaume, et même franchi les frontières des territoires voisins. À terme, le nombre de candidats en lice pour le titre de roi d'Alberial s'avérait moindre que ce qu'un mariage classique aurait rameuté, mais largement supérieur à toutes les expectations du Conseil. Pas moins de cinquante prétendants, parmi lesquels toutes sortes de profils et de gabarits. On retrouvait, rassemblés dans une même salle, riches seigneurs, mercenaires, arpenteurs des sables, petits commerçants et humbles gardiens de chèvres. Une variété peu surprenante, mais non moins accueillie d'un œil critique par les confrères de Mekhet observant depuis une terrasse, soudain sceptiques sur leur demande.

— Peut-être aurions dû nous limiter à la haute classe ?

— Vous n'y pensez pas ? Comptez donc combien d'hommes de haute naissance se tiennent prêts à nous écouter prendre la parole ! Moins que nous ne pourrions en compter sur les doigts de la main. Quel aurait été l'intérêt d'un tournoi si nous n'avions eu que quatre participants ?

— Nous aurions fait les choses autrement.

— Oubliez cela ! Les esprits protègent tout un chacun. Jadis, la déesse qui a sauvé Alberial n'avait d'allure que celle d'une mendiante. Prendriez-vous le risque de passer à côté de l'élu amené à succéder à la reine Abidia, tout cela pour avoir jugé un livre à sa couverture ?

— Parce que vous pensez sincèrement que les esprits se seraient montrés assez cruels pour amener leur protégé à épouser notre princesse ?

Le silence tomba parmi les conseillers. Ils paraissaient se rejoindre sur la question : nul ne méritait de finir avec Ceylan.

— Calmons-nous, je vous prie, clôtura l'un d'entre eux. Mekhet ne va pas tarder à arriver, et vous savez aussi bien que moi qu'il n'aime guère que nous parlions du prince en ces termes. Je me demande bien pourquoi le ménage-t-il autant.

* * *

Mekhet accéléra le pas dans les couloirs. Il était en retard, et cela ne lui ressemblait pas. Malgré les années qui commençaient doucement à se faire sentir dans ses vieux os, c'était un homme d'une grande ponctualité et très énergique. Il était toujours le premier à se montrer, et le dernier à se retirer. En temps normal, il aurait été sur place dès l'aube et se serait évertué à tout contrôler pour que la rencontre se passe au mieux, mais un incident en avait décidé autrement.

Alors qu'il se levait et s'apprêtait à officier, le Grand Conseiller avait eu la surprise de tomber nez-à-nez avec Ceylan en quittant ses quartiers. Le prince était comme d'ordinaire souriant, mais tout son corps tremblait. Il appréhendait ce tournoi, et souhaitait avoir l'autorisation d'assister à sa tenue afin de se faire une première idée sur son futur mari potentiel. Hélas pour lui, le Conseil avait interdit sa présence, redoutant secrètement que les candidats ne se défilent en le voyant, ramenés à la réalité par les faits. En d'autres termes, ils avaient convenu d'un mariage à l'aveugle pour les deux partis.

Il lui avait donc fallu trouver des excuses pour tenir le prince à l'écart. Avait suivi une guerre d'arguments, une tentative de menace, une confrontation verbale et, à terme, un enfermement de Ceylan dans le sérail. Ce qui lui avait bien pris deux bonnes heures, et lui valait ce retard significatif.

Ce fut finalement dans un état de nerfs palpable qu'il fit son entrée sur la terrasse surplombant la salle d'armes dans laquelle patientaient les prétendants, et qu'il retrouva les langues de vipères qui constituaient l'élite intellectuelle du palais.

Djinns ( Boy's Love / MxM )Where stories live. Discover now