II

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Le chevalier ouvre les yeux, en sursaut. Il enchaîne aussitôt sans réfléchir les moulinets avec son épée, comme s'il était en train d'affronter une bande d'idiots désireux de mourir. Il hurle, il se démène, il fait ce qui est sempiternel à toute autorité souveraine dont la légitimité tient de la violence pérenne : trancher, décapiter, démembrer.

Mais il n'y a rien à combattre.

Le chevalier est revenu à la lisère de ce pont qu'il entendait traverser avant que le maelstrom ne l'assomme et ne le force à reculer.

Interloqué, le chevalier cesse de se débattre et lâche son épée. La forteresse le toise toujours, l'air de se moquer de ce gros balourd qui n'a pas compris quelle était la clé. L'eau sous le pont frémit à la surface, manière de réaction à une brise qui n'a pourtant pas soufflé.

Le chevalier s'assoie, désarçonné. Il scrute l'endroit où il a posé ses pas ; deux pierres colorées ; pas de trappe, pas d'huile bouillante ; juste deux pierres alignées. Le cri d'un oiseau le fait se lever, le temps d'apercevoir une femme de l'autre côté.

La femme se tient droite, tout en dignité. Sa robe est blanche, immaculée, serrée à la taille d'un fil doré. Sa tête est ceinte d'un diadème qui tente de domestiquer des cheveux blond cendré. Elle sourit et tend la main vers le chevalier, en un geste d'invite à la retrouver.

Le chevalier se croit mystifié. Il se saisit d'un caillou au sol et le lance vers l'apparition, ou du moins ce reflet. La femme saisit la pierre au vol, sans le moindre effort exprimé, la contient dans sa main refermée, puis la libère en une pluie de pétales qu'elle regarde s'envoler. Le chevalier l'interpelle :

- Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous me voulez ?

- Mes salutations aussi, mal élevé.

- L'heure n'est pas aux civilités. Je dois passer. Pouvez-vous, ou voulez-vous m'y aider ?

- Viens me chercher.

Le chevalier pousse un cri de colère et se rue dans le direction de cette effrontée, épée levée. Il s'effondre alors, comme s'il venait de s'écraser contre un mur qu'il n'aurait pas remarqué. Il ne renonce pas, ce n'est pas sa personnalité. Relève, il ramasse son épée, s'apprête à abaisser la visière de son heaume... qui est volatilisé. Le chevalier le cherche autour, en vain. L'objet est impossible à trouver. Qu'à cela ne tienne, le chevalier se lance une nouvelle fois à l'assaut de cette femme qui n'a pas bougé, et il s'écroule à nouveau, comme frappé par la foudre.

Hébété, le chevalier prend cette fois un peu plus de temps à se rappeler le présent, à la recherche de cet obstacle fuyant. Rien. Pas une herse, pas un ravin. Le chevalier est assis sur le même chemin. Il entreprend de se relever, avec plus de prudence, en énumérant ses effets. Cette fois, c'est son plastron qui est mystifié. Quant à lui, il ne porte plus rien de la tête à la ceinture, qu'un tissu léger. Le chevalier n'en a cure, tant qu'il tient son épée.

- Tu as la tête dure.

Le chevalier se tourne vers la femme qui l'a ainsi interpellé.

- Cela vous amuse ? Et vous croyez que je vais renoncer ?

Il n'attend pas de réponse, il est déjà en train de courir vers l'endroit où elle persiste à le narguer... et se fracasse derechef, pour culbuter.

- C'est un jeu, c'est ça ?

Le chevalier n'a pas à vérifier. Il n'a plus rien de l'armure qu'il portait ; ne reste que son épée qu'il n'a pas lâchée. La femme sourit, lui répond :

- Et si tu cessais de vouloir m'agresser ?

RÉVÉLATIONWhere stories live. Discover now