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Le chevalier se tient devant la forteresse, heaume fermé et garde verrouillée. Il a conscience que son plus dur combat est encore à mener et que toutes les batailles jusqu'à présent gagnées ne l'ont conduit qu'à cet instant d'immobilité.

La forteresse qui lui fait face ne semble pas disposée à lui faciliter l'entrée, bien qu'aucun cri ni qu'aucune menace ne se diffuse de ses murs dressés. Personne ne se cache derrière ce pont levis baissé et pourtant déserté. Il ne monte nulle fumée à l'abri de ces cheminées élancées. Pas un étendard n'est levé au sommet de ces tours couronnées de créneaux pétrifiés.

La sueur coule sous le casque devenu lourd. La douleur se déroule à travers ce corps balourd, lesté de cet attirail destiné à protéger et qui tend à écraser. Le chevalier se sent soudain abandonné et désemparé, devant cette montagne qu'il lui reste à escalader. Il sert son épée, celle-là qui l'a tant de fois sauvé dans ces joutes tout en férocité. Il la regarde, sa poignée ouvragée, sa lame ébréchée, cette compagne sur qui il a toujours pu compter. Pas d'autre choix ne lui est offert, à moins de vouloir repartir sur ces chemins qu'il connaît, où vivre s'entend de souffrir pour avoir le droit d'exister, s'imposer à coups de lames et sans sourire pour s'efforcer d'assouvir son seul désir : être aimé, en dépit du pire.

Le premier pas effectué n'entraîne pas de réaction. Rien n'a bougé ; pas un bruit, pas un son. Le chevalier en pose un second. Le maelström qui s'abat aussitôt lui faire perdre la raison. Il sombre dans la nuit, plombé d'un évanouissement profond.

RÉVÉLATIONWhere stories live. Discover now