50.Ezra♤

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Je tourne la clée dans la serrure de mon appartement et à peine rentrée .

Me mettant à rire silencieusement repensant à ce qui c'était passé cette nuit .Il se rend pas compte que je m'en fous, je n'ai plus rien à perdre, tout s'est déjà évaporé. Seule ma vie me reste, mais elle est si frêle. Comme pour tous, leur seule motivation est la pitié. Comme pour Adam, il n'a agit que par pitié. Comme tous. Allonger sur mon lit, je m'oblige à arrêter de penser à lui et m'affaire à mes devoirs. Même si me concentrer relève de l'impossible, je m'y efforce. Je ne fais mon travail que pour oublier, les notes je m'en fiche, à qui vont-elles profiter ? Un avenir, est-ce que j'en ai seulement un ? Si oui, il semble ne pas vouloir de moi, alors pourquoi le contrarier ? Toujours les mêmes pensées, toujours le même sujet. Mon futur. Je ne sais même pas si j'en veux, je suis tellement lasse.De tout.

Une fois le travail effectué je m'affale à plat ventre sur mon lit et appuie à bout de bras sur le bouton de lecture de ma chaîne. A cause de la vie en appartement je ne peux pas hausser le son au-delà d'une certaine limite que je me suis vue obligée de m'imposer. Et la musique me perçant les tympans me manque. Ma compilation se met en marche et aussitôt le son envahit ce petit bout de Terre m'appartenant. Quelques minutes plus tard je me lève afin d'aller me préparer à manger.

Le réveil sonne. Se lever, déjeuner, se laver, s'habiller, sortir, marcher. Arriver au lycée. Les quatre heures de cours se déroulent à l'image de tous les mercredis matin. C'est seule que je me dirige vers le self et seule que je mange avant d'en ressortir. Seule. Même mon ombre ne veut pas me suivre aujourd'hui ; le ciel est couvert et laisse juste un béton terne et gris en-dessous de lui. La semaine se déroule alors à son rythme, suivie de près par la suivante.  J'évite  Adam du regard et je tais les reproches de mon cœur, incessants, douloureux, blessants. C'est bien ça, je suis lasse. J'en ai marre. Tout se ressemble et tout m'échappe.

Et après-midi, tandis que le professeur de littérature nous bourre le crâne, je m'autorise enfin après plusieurs jours d'interdit, à poser mon regard sur lui. Sent-il mon attention à son égard en ce moment même ? En tout cas il ne réagit pas. Je crois qu'au fond de moi j'aimerais qu'il tourne également la tête de mon côté et qu'il me fasse un sourire, petit, léger ; désolé, obligé ou franc mais un sourire tout de même. Mais ça ne se passe pas comme ça et tandis que sa vision me fait mal, lui ne semble avoir eu aucun problème pour m'oublier.

Il a déjà tourné la page.  Je m'oblige à regarder ailleurs . Peut-être que c'est en cet instant que je remarque qu'il comblait malgré tout une part de ce vide en moi. Il semblait remplir, du moins partiellement, la poche vide de l'espoir. Je ne peux alors m'empêcher de scruter un à un les visages de tous les personnages présents dans la pièce et m'entourant. Tandis que pour eux tous je ne suis qu'un fantôme, Adam a su noter ma présence, reconnaître mon existence. Grâce à lui j'aurais pu avoir une place à ses côtés, aux côtés de Lohan également. J'aurais moi aussi pu avoir ma petite bande d'amis.

Mais quelque chose m'en empêche. Et si j'avais été une autre, aurais-je actuellement quelqu'un assis à mes côtés ? Ma gorge est sèche ce qui est mauvais signe. Je déglutis avec difficulté avant de poser la pointe de mon stylo sur ma feuille. 

Concentre-toi sur le cours. Le cours, rien d'autre.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant