45.Adam

363 34 3

-J'ai froid.

Il est dix-neuf heures. Nous marchons l'un à côté de l'autre en direction du Bowling. Il fait frais, et le ciel est légèrement nuageux. Mais penser sont ailleurs , mais elle répète.

-J'ai froid...

Je crois qu'elle veut que je lui donne ma veste. Qu'est-ce qu'on est censé faire, dans une situation comme ça ? Si je lui passe, je vais mourir de froid, moi aussi. Elle me lance un regard suppliant.

-Adam, j'ai froid...

Ça fait trois fois qu'elle me le dit. Elle insiste sur les mots, en plus. Si je l'ignore encore une fois, elle va vraiment s'énerver. En même temps, elle n'avait qu'à prendre un pull. C'est de sa faute à elle, si elle n'y a pas pensé.

Je soupire et dépose ma veste sur ses deux épaules. J'ai l'impression de lui avoir offert le plus beau des cadeaux du monde parce qu'elle sourit jusqu'aux oreilles. Je me demande s'il existe une limite, parce que si ça continue comme ça, son sourire va carrément dépasser de son visage, déborder, et continuer de s'élever tout en haut jusqu'à toucher les étoiles.

Ce sourire-là n'a rien à voir avec celui d'Ezra. Non, définitivement rien à voir.

Celui d'Ezra était plus beau. Plus mystérieux, aussi.

Ezra...

Je suis fatigué de ne penser qu'à elle.

Surtout que je me cherche des excuses, et je n'en ai pas. Et ça me tue. Devrais-je m'excuser ? En même temps, je suis le seul de tout le lycée à avoir réussi à obtenir un sourire d'elle.L'impressionnante, l'inatteignable Ezra.

Celle qu'on n'ose pas approcher quand on est seul parce qu'on a peur d'elle . Celle qui nous glace le sang rien qu'avec la force de son regard, de ses yeux noirs à l'encre de chine. Le mur de béton. Celle qui se tait, celle qui encaisse. Celle dont on se moque en bande pour faire rire les autres parce qu'elle a l'air de ne rien éprouver. Alors on teste ses limites pour voir combien d'humiliation elle est capable de supporter. Mais elle ne craque jamais.

Et moi, j'ai réussi à la faire sourire un jour. Alors, j'ai le droit de penser à elle . J'ai le droit d'espérer que si je l'ai fait sourire, c'est que j'ai quelque chose de spécial. Et ça me réjouis de savoir que j'ai quelque chose de spécial pour quelqu'un.

-Pourquoi tu souris comme ça ?

-Je souris ?

-Oui.

Betty me regarde d'un drôle d'air. Bon, ok, elle me dévisage carrément. Et je viens de m'apercevoir que j'étais encore en train de penser à Ezra et ça devient vraiment flippant de ne plus contrôler ses pensées.

-Je m'en étais pas rendu compte.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant