44.Ezra

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J'décide de sécher le dernier cours .
J'ai commencé par m'éloigner le plus possible du cœur de la ville, arrivant près d'un parc je n'ai pas pu me contenir plus longtemps : j'ai balancé le sac de mon épaule et ce dernier est tombé au sol avec fracas. Je me suis mise à courir. Je ne savais pas où j'allais, je ne savais pas ce que je faisais. Je courais parce que j'en avais besoin, vite et loin.

Jusqu'à être essoufflée, avoir les poumons en feu et un goût de sang dans la bouche. Je me laisse tomber sur le macadam, mes fesses semblent rebondir avant que je ne pose mes paumes en arrière pour m'appuyer. Hors d'haleine je lève la tête au ciel, paupières closes. Il fait frais et ma respiration donne naissance à de légères volutes de brume. Me calmant petit à petit je me redresse et regarde autour de moi, découvrant un lieu que je n'avais jamais croisé auparavant.

Juste à ma droite se trouve une clôture, au delà s'étend une aire désaffectée englobant terrain cimenté et vieux bâtiment délabré. Une sorte d'entrepôt.

La rue est déserte et ne comporte presque aucune maison, aucun moteur ne se fait entendre. Je me lève et me dirige vers le grillage en entreprenant de l'escalader. Je grimpe dessus tant bien que mal malgré le panneau : "Terrain privé"." Interdiction de pénétrer dans la propriété" ; un tel avertissement résonne plutôt comme une invitation.

Une fois au sommet je me laisse tomber de l'autre côté, mes genoux et ma colonne vertébrale amortissant le choc avec le sol.

Dans le béton craquelé poussent çà et là des touffes de verdure. Le terrain semble infini. Il est comme mon cœur, dévasté sur tous horizons. Je marche en direction du bâtiment. Les fenêtres sont brisées et m'arrivent au niveau du bassin, il me sera vraiment aisé d'y entrer.

Pourtant des bouts de verre se trouvent encore sur les bords, me reculant quelque peu j'envoie ma jambe avec force, percutant ainsi le matériel transparent et tranchant du plat de mon pied, l'envoyant voler.

Je réitère mon geste deux, trois fois avant de pouvoir passer sans danger. L'intérieur n'est pas aussi sombre que je le pensais grâce à la lumière du jour filtrant à travers les carreaux.

Je progresse dans l'espace, tournant sur moi même, observant les poutres de fer rouillé me surplombant. Ce lieu a quelque chose de reposant, malgré ses allures fantomatiques je le trouve familier. Je suis même étonnée de ne pas y découvrir de tags, signe de passage.

Je m'allonge sur le sol et étend mes bras en croix. Je ferme les yeux et écoute ma respiration. Il me semble pouvoir rester dans cette position pendant des heures.

Mon téléphone émet un léger bourdonnement me forçant à me relever. Un message d'un numéro inconnu s'affiche.
 
De: Inconnu
 
Salut, c'est Adam. Je me demandais si tu voulais venir avec nous ce soir? On va au bowling. Répond-moi vite.
 
J'arrive à peine à constater que le message vient de lui. Je suis déjà assez fragile par rapport au déjeuner de midi lorsque je l'ai vue avec cette fille.

Je ne sais pas quoi faire, pourquoi voudrait-il traîner avec moi? Il y a Betty ? Lohan?  mais moi je me demande vraiment à quoi je servirai.
Par ailleurs, avec nos quelques antécédents - même s'ils n'ont aucune importances - pourquoi voudrait-il rester avec un suicidaire? Je sais bien qu'il pense que j'en suis une. Je suis une personne assez dure à comprendre, d'ailleurs je pense que personne ne le peux .
 
Mes doigts s'arrêtent de réfléchir et commencent direct à répondre au message sans attendre de temps pour envoyer et changer le nom du contact.

A: Adam
 
Je viendrai vers 20 heures.
 
Pourquoi tout est aussi simple? Pourquoi est-ce qu'il m'invite ? Après la confrontation que nous avions eux . Je suis sur que ce n'est pas normal.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant