Chapitre 22

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Annecy. La ville de mon enfance, là où nous venions passer nos vacances chaque été et hiver. Elle est magnifique. Je suis assise au bord du lac et je dessine les montagnes qui me font face. Je suis arrivé il y a deux jours, j'ai fait un peu de ménage, mais je suis loin d'avoir fini. J'avais besoin de prendre l'air et de me remettre au dessin. Pas de vêtements, rien qui ne puisse me rappeler Paris. Alors je reviens à mes premiers amours, les paysages, des personnes à un moment T et m'évader. Oublier.

Revenir dans la maison de mes parents est difficile, mais les souvenirs remontent à la surface et ce n'est pas désagréable. Il y a des photos de nous partout, et ça me fait du bien de penser un peu à eux. J'ai commencé à déballer de vieux cartons où j'ai retrouvé nos anciennes affaires et je m'y replonge un peu chaque soir. Ça me permet de faire du tri et de jeter ce qui est abîmé et également de me souvenir de choses que j'avais oublié.

Je mets les derniers coups de crayon sur mon dessin et le place devant moi pour l'observer. Ces montagnes sont sublimes. Je le prends en photo avec pour arrière-plan le paysage avant de ranger mon téléphone et mes affaires. Je passe me prendre une glace pour le goûter avant de retourner à pied vers la maison. C'est calme ici, malgré les touristes, je me sens en sécurité et en même temps je ne me sens pas assez loin de Paris. J'ai peur qu'il arrive à me retrouver. J'aurais dû partir plus loin.

De retour à la maison, je me réinstalle au milieu des cartons avec de la musique en fond. Je mets de côté tous les vêtements, que je déposerais dès demain chez Emmaüs. Au milieu des costumes de travail de mon père, je découvre une palette noire. Je me souviens l'avoir vu partir tous les matins avec celle-ci à la main, beau comme tout dans ses costumes. Je n'ai jamais su vraiment ce qu'il faisait, je sais qu'il travaillait pour le président de la république, et je l'admirais tellement. Ne pas savoir ce que fait son père laisse place à de l'imagination, et quand on est enfant, on en a à revendre. La mallette est verrouillée par un code. Il avait l'habitude de mettre notre date de naissance à mon frère et moi. Zéro un pour moi et dix-neuf pour mon frère. Bingo. Je sursaute à la vue d'un pistolet. C'est quoi ce bordel ? Son passeport est à côté, je l'ouvre et découvre sa photo. Mon beau papa. Un autre est en dessous, certainement celui de maman. Mais je me trompe. C'est également lui sur la photo, mais ni le nom ni la date de naissance ne correspondent. Je crois que je n'ai pas envie d'en savoir davantage. Je la referme rapidement. Je n'ai jamais vu d'arme sur mon père, mais il partait tous les jours avec cette valise. En avait-il besoin pour se protéger ou l'utilisait-il ? Je la pousse sous le meuble, je ne veux plus la voir pour le moment, j'en ai des frissons.

Je vais me faire à dîner, mais je n'arrive pas à me sortir cette mallette de la tête. Et si j'appelais Matt ? Peut-être qu'il sait quelque chose lui. Je n'ai pas envie de l'embêter, mais je sens que je ne vais pas en dormir. Je tente de l'appeler tout en me préparant des pâtes, mais je tombe sur sa messagerie. Il doit être occupé avec les enfants. Je vais me mettre devant un film pour ne pas y penser. Combien de temps je vais résister à ne pas regarder le reste du contenu ?

***

J'ai les yeux grands ouverts et il doit être quatre heures du matin. Impossible de trouver le sommeil. Matt ne m'a pas rappelé et je ne cesse de penser. Mon cerveau fulmine c'est horrible. J'entends mon téléphone vibrer, un numéro inconnu. Je ne réponds pas, encore du démarchage téléphonique à cette heure-ci. Il vibre à nouveau, mais cette fois-ci c'est un message. Ils me saoulent, déjà que je n'arrive pas à dormir. Je l'attrape et ouvre le message. Il y est inscrit « rendez-vous à la cabane dans l'arbre. » Je frotte mes yeux et me redresse. Cela ne m'est pas inconnu, mais à quatre heures du matin, mon cerveau est embrouillé.

Mais oui bien sûr. Je saute du lit et mets mes chaussons avant de sortir dans le jardin, me servant de mon téléphone comme lampe torche. Notre cabane au fond du jardin dans laquelle nous jouions tant de fois. Pourquoi il veut que j'aille là-bas ? Et pourquoi mon frère m'envoie un message d'un numéro qui n'est pas le sien ? Mon portable vibre à nouveau : « Le trésor est caché » Non mais il me fait une chasse au trésor en plein milieu de la nuit ! Je monte à l'échelle prudemment, est-ce qu'elle est encore en bon état ? Je vais directement à la trappe où nous cachions notre trésor : des gâteaux dérobés à maman la plupart du temps. Il y a un coffre. Je le prends et l'ouvre. La poussière me fait éternuer, mais je découvre un mot écrit à la main.

L'amour n'a pas de tailleLisez cette histoire GRATUITEMENT !