Chapitre 21

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La revoir hier m'a littéralement achevé. Je n'aurais pas dû repasser la voir. Je n'ai plus le droit d'avoir de contact avec elle, mais c'était plus fort que moi. Je le devais avant de m'évaporer dans la nature. Mais avant ça, je dois finir mon compte rendu à l'Agence et je n'ai pas du tout envie de le faire pour la première fois de toute ma carrière. Rendre des comptes sur sa vie privée ne m'enchante guère et je suis toujours persuadée de son innocence à deux mille pour cent. Mais qui me croira ? Surtout pas après ce que je viens de faire. Tomber amoureux d'une des personnes à surveiller c'est vraiment être un pur idiot. C'est interdit, je le sais. Pourquoi je pensais mettre mon plan à exécution en la séduisant ? À quel moment j'ai imaginé qu'elle en dirait plus sur sa vie au mec avec qui elle couche et pour lequel elle n'a aucune attache ? J'ai complètement déraillé et les sanctions seront irrévocables. Je me suis déjà fait dégager de la DGSE et j'ai retrouvé ce boulot dans une agence plus pointue, qui me rapportait plus. Je ne suis rien sans ce travail. J'ai toujours vécu seul, dans le seul but d'arriver à mes fins et de comprendre tout un tas de choses. Je n'aurais jamais les réponses à mes questions. Et maintenant je n'ai plus Charlize.

Avant de me rendre à l'Agence, je fais un saut chez Anderson Cie. Je n'ai plus de couverture donc je suis obligé de laisser tomber cette entreprise. Je ne porte même pas ce nom donc à quoi bon. L'ancien PDG va reprendre du service après de petites vacances imposées depuis plusieurs mois. Je ne dois dire au revoir à personne, partir comme un voleur. Ça j'ai l'habitude à vrai dire, comme je ne m'attache à personne et que je n'ai pas d'ami, tout va bien. J'ai juste des affaires à récupérer. Je monte directement à mon bureau et rassemble le tout dans mon sac à dos. Je suis en short, tee-shirt ça étonne tout le monde, mais le costard n'est qu'un outil de travail. J'étais censé avoir une réunion avec le comité aujourd'hui pour la collection de Charlize, je suis tellement déçu que ça ne puisse pas se faire, elle a énormément de talent. Mais je peux laisser une note pour le patron. Je m'assois et griffonne rapidement une lettre en lui expliquant pour la collection EZIL et qu'il faut absolument qu'il recontacte Charlize pour lui proposer de produire toute ce qu'elle voudra. Je lui laisse également la somme d'argent nécessaire pour le faire, même si je sais qu'Anderson Cie n'en manque pas, mais je ne veux pas qu'il trouve une excuse.

Je termine de rassembler mes affaires et ne laisse que l'enveloppe sur le bureau avec le nom du PDG et je m'en vais. Je croise le moins de regard possible, évitant les bonjour. Je retourne au parking et monte dans ma voiture. Je reçois un message me disant que je n'ai plus que trente minutes. Tout juste le temps d'aller à la planque.

Je longe le mur avant d'arriver à une porte barricadée ou je tape le digicode. J'entre en refermant bien derrière moi avant de m'engager dans le souterrain devant moi. J'ai tant de fois parcouru ce chemin. Et ce sera certainement mon dernier aller-retour. Que vais-je faire de ma vie ? Où vais-je être expatrié ? Je ne pourrais pas rester dans le coin, ils doivent finir leur mission et je suis une menace désormais, même si je ne les trahirais pas, mais je ne leur divulguerais pas quoi que ce soit. Donc je finirais peut-être au milieu de la forêt amazonienne ou dans le Sahara. Je n'en sais rien. On ne sait jamais ce qu'il se passe pour les précédents, il est interdit d'en parler.

J'arrive enfin à la porte et l'ouvre après m'être annoncé par trois coups successifs. L'antre est très peu éclairée comme à son habitude. Les écrans de surveillance et tout un tas de machines me font face avec deux gars assis devant. Des talons me font hérisser le poil. C'est elle. Médusa. Ce n'est pas son prénom bien évidemment, d'ailleurs on ne le connaît pas, mais elle fait tellement peur que ce surnom lui va plutôt bien. L'autre grande nouille l'accompagne. Tout en muscle, que de la gueule.

— Tiens donc. Ça sent la trahison par ici. Agent C. Je pensais que vous auriez quitté le pays sans finir vos devoirs.

Je ne réponds rien. Je n'ai rien à répondre de toute façon, et si j'ose... Il ne vaut mieux pas y penser.

L'amour n'a pas de tailleLisez cette histoire GRATUITEMENT !