40.Adam

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Je suis assis sur le rebord de ma fenêtre, la tête posée sur la vitre, et je regarde la rue. Mes yeux se sont habitués à l'obscurité et dehors, c'est le calme plat. Aucun bruit, aucun passant, rien.

-Adam, je peux entrer ?

Ma mère n'attend même pas la réponse pour passer sa tête dans l'embrasure de la porte.
-Tu ne veux pas venir manger un petit quelque chose ? Ça fait longtemps que tu n'as rien avalé.

Je soupire en guise de réponse. Le pire, c'est que j'ai même pas faim. Ni soif, ni sommeil. Juste une irrésistible -et incontrôlable- envie de voir Ezra , au fond de moi et même ça, je refuse de l'admettre. C'est trop dur. J'ai pas le droit de m'être attaché à lui comme ça.

- Je suis inquiète pour toi, Adam.

Je me retourne pour lui faire face.

-Pourquoi ?

Elle ouvre la bouche pour parler mais aucun son ne sort. Elle semble chercher ses mots et parvient finalement à former une phrase.

-Tu es en train de changer.

Ça me reste en travers de la gorge, je dois l'avouer. C'est vrai. Elle a raison, je ne vais pas le nier. Je m'en aperçois moi-même et j'espérais que ça ne se remarquerai pas trop. Mais je sais que je change, seulement, je n'y peux rien. Je suis sûrement un peu plus lunatique ces derniers-temps mais je ne fais pas exprès.
-Tout le monde change mam'.

-Oui mais tu es en train de changer de la mauvaise façon...

J'ignorais qu'il y avait une bonne façon de changer. On ne choisit pas comment on grandit, comment on évolue.

-Bonne nuit.

Elle décide de ne pas insister et se retire sans un mot. J'ai l'impression de lui avoir fait mal, d'avoir touché un point sensible, mais de toute façon je ne peux pas revenir en arrière alors tant pis.






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Faire un footing ne m'a pas aidé. Prendre une douche froide n'a rien réglé. Le sentiment est toujours là et ne me quitte pas, ce même agacement, ce même emportement. Comme si souvent ma maison est vide. Ce soir ma mère travaille de nuit. Je ne sais pas quoi faire pour m'occuper et essayer de me changer les idées. 

Je savais bien que tout ce que je renfermais éclaterait tôt ou tard mais je ne pensais pas que la colère surviendrait aussi violente. Je ne pensais pas qu'elle surviendrait devant elle. Je suis à cran depuis trop de temps ; m'occupant d'elle et n'ayant plus le loisir de m'occuper de moi-même je me rends enfin compte des répercussions de lorsqu'on emprisonne son ressenti.

 Je suis devenu la bombe à retardement qu'était Ezra.

Agacé et ne pouvant plus soutenir mes propres pensées je me lève pour prendre un livre sur mon étagère, il semblerait que nous ayons chacun pris des routes trop séparées, un jour il faut bien voir la réalité en face et savoir l'accepter. Mes yeux me brûlent et je refuse de penser que c'est à cause de larmes menaçant de couler.

Je ne veux pas pleurer à cause d'elle. Ma main tenant l'ouvrage se met à trembler et une pensée angoissante vient à moi : et si à cause de ma décision Ezra rechutait ? Je balance mon livre au sol.

Pourquoi suis-je si faible ?

Je mange bien vite et m'empresse de débarrasser ma table. Juste avant de remonter à ma chambre je prépare le repas de ma mère sur un plateau pour quand elle rentrera, exténuée, avant d'aller se coucher. Je n'ai la force de rien et éteins à peine une heure plus tard, plongeant dans un sommeil noir dénué de rêves. 











Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant