XX : 26

2.2K 249 62
                                    


En poussant la porte qui me mènerait à la liberté, une angoisse grandissait en moi. J'avais peur, vraiment peur de ne pas réussir. Après le meurtre de mon géniteur, j'étais persuadée que si on m'attrapait mon temps serait compté. Mais je ne pouvais pas laisser tomber, je ne pouvais revenir en arrière. Une brise d'air me caressait mon visage, je prenais une grande inspiration puis je sortais à l'extérieur. Il faisait encore noir dehors, les lumières des bâtiments me permettait de voir que j'étais entourée d'immenses tours en béton. Je continuais à marcher, regardant autour de moi, me méfiant de tout mouvement, de chaque ombre. Après quelque rue passée, je n'avais croisées personnes. Pour l'instant, j'avais l'impression d'être seule dehors.

Mes pas étaient rapides, je devais m'éloigner et prendre le temps de décider la direction que j'allais emprunter . Un bruit lourd me faisait sursauter, je me retournais pour regarder la cause. Ce n'était que le vent. Pour l'instant, je ne percevais aucune informations pour m'indiquer où je me trouvais.

Le ciel commençait à s'éclairer doucement, un rond lumineux se levait au loin, habillant les façades grises. Les lampes qui éclairaient les rues s'éteignaient les unes après les autres. J'arrivais de mieux en mieux à distinguer ce qui m'entourait. Il y avait des édifices de tailles différentes. Des arrondis, des blancs et opaques comme d'immenses balles immaculées. Mais aussi des gratte-ciel fins et allongés recouverts d'une surface brillante translucide qui reflétaient les premiers rayons de soleil.

J'étais bouche bée de l'immensité artificielle qui m'encerclait. Rien ne m'était familier, et rien ne m'aidait à savoir qu'elle était le chemin pour la liberté. Retrouver Jacob n'allait pas être une mince à faire. J'en étais certaine. Rien ne me garantissait qu'il était dans le coin, ni même en liberté.

Il me fallait trouver des informations rapidement sans me faire repérer. Mais mon mutisme forcé n'allait pas m'aider dans mes recherches. Je continuais à marcher au même rythme que le soleil se levait, éclairant le mouvement qui se créait autour de moi. Des hommes sortaient de tous les côtés. Habillés dans les tons habituels, ils étaient soit captivé par leur pad, soit dans leurs esprits. L'agitation grandissait autour de moi. Ma solitude faisait place à une foule stressante. On me bouscula soudainement sans un moindre regard, puis une deuxième fois, puis une troisième fois. Je me sentais oppressée au milieu de tout ce monde en mouvement uniquement masculin.

Jamais je n'avais été en contact avec autant d'hommes à la fois. Au centre, il n'y avait que des femmes et nos gardiens n'étaient pas vraiment considérés comme des hommes.

En parlant de gardien, je reconnaissais au loin deux hommes portant l'uniforme que j'avais toujours connu. Il se dirigeait vers moi. J'avais l'impression qu'ils me fixaient. M'avait-il repéré ? Êtes-ce déjà trop tard ? La mort de mon géniteur était déjà connue, j'étais recherché, et ils m'avaient trouvé. M'affolais-je.

Si je courais, j'étais repéré à coup sûr, si je ne l'étais pas déjà. Me cacher dans la masse était ma seule solution pour rester discrète. Je commençais à m'éloigner en me faufilant dans la foule. Je marchais doucement, je fixais le sol pour ne croiser le regard de personne. Je respirais doucement continuant ma route au milieu de tous ses hommes. Je me sentais étrangement observée, comme si je n'étais pas à ma place dehors en liberté. Mes poumons étouffaient, je me sentais oppressée et anxieuse. Cela ne pouvait pas marcher. Ils allaient le rattraper. Je commençais à accélèrer mes pas quand tout d'un coup je me retrouvais face à deux gardiens. Mon souffle en resta coupé un instant. Une goutte de sueur froide s'échappait de mon front. Ils me regardaient fixement. Aucune expression ne s'échappait de leurs visages. Etais-je déjà fini ? Je n'avais rien pour me défendre et les repousser, je ne pouvais rester qu'immobile à attendre mon sort. Les secondes me paraissaient des éternités. Je comptais chaque respiration en espérant que mon déguisement ferait illusion. Les deux gardiens continuaient à s'approcher, jusqu'à me frôler de part et d'autre en poursuivant leur chemin comme si de rien n'était. Surprise, je regardais autour de moi. Personne ne m'avait remarqué, personne ne faisait attention à moi. Mes inquiétudes disparaissaient doucement. Je n'avais pour l'instant aucune raison d'avoir peur car les hommes n'y voyaient que du feu.

Je traversais une grande place où étaient disposés deux immenses écrans sur les façades de béton. Ils diffusaient des messages en boucle. On y voyait une femme marcher dans un champ de blé. Ses cheveux volaient dans le vent, le soleil éclairait son dos et ses cheveux dorés. Elle marchait lentement profitant de chaque rayon de lumière, de chaque brise. Elle se retourna dévoilant devant nos yeux son ventre rond. « Une femme, l'assurance d'une progéniture de qualité. » était le slogan qui apparaissait à la fin de cette publicité. Un liquide acide me remontait dans la gorge. Cet idéalisme me donnait la nausée. Je ne voyais que des mensonges sur cette image. Il me fallait retenir mes émotions, ce n'était absolument pas le moment de s'énerver. Je me devais de continuer à marcher même si je ne savais pas où ça allait me mener.

Après un long moment de marche, la foule autour de moi s'était dissipée. Il ne restait plus que quelques personnes. Je m'arrêtais deux minutes écoutant une conversation au loin. Un jeune homme portant une tenue similaire à la mienne, s'était approché d'un individu plutôt froid. Celui-ci me faisait penser à mon Géniteur baignant actuellement dans son sang. Il était grand, des cheveux bruns et une face sans émotion. Quand le jeune lui demanda aimablement des informations, celui-ci ne lui dégagea ni un regard ni un mot, il lui indiquait seulement du doigt un renfoncement blanc dans la façade de l'immeuble. J'étais étonnée de cette indifférence à l'égard d'un de ses semblable. Le jeune homme s'inclina en signe de remerciement. Puis il dirigea son attention dans ma direction. Je restais figée sur place, il me regardait avec insistance. Nos regards se croisaient un moment. Étrangement ses yeux me paraissaient familier. Je ne l'avais jamais vu auparavant mais pourtant une nostalgie soudaine se créait en moi. Comme si nous avions appartenu a un autre monde autrefois.  

GenitriXLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant