Chapitre 8

14 3 6

La tension régnait dans le manoir comtal. Le silence s'était imposé naturellement entre le père et la fille. Aux portes de céder à tout contrôle, ce fut Rose qui avait désamorcé la bombe au petit matin lorsque leur enfant était enfin rentrée trois jours auparavant. Son absence était jugée comme intolérable de la part du comte et sa colère était palpable. Outre sa prise de risque inconsidérée, un paparazzi les avait surpris et plusieurs photos se trouvaient désormais dans des magazines « peoples » à sensation. L'héritière Charlotte De Lacour en compagnie de Gabriel Logan, un noble sans titre, pour une nuit au sommet de la montagne. Autant dire que les gros titres attiraient la foule. Rouge de honte face à cet embarras, Charlotte s'était effacée devant le courroux de son père. Quelle excuse pouvait-elle inventer ? Elle n'en avait aucune et elle ne chercherait pas à défendre son comportement.

Seule dans sa chambre, elle réfléchissait à la suite des événements. Le lendemain aurait lieu les obsèques du feu prince Henry II Vallée à Annecy d'où il était originaire. Par la suite, la succession serait organisée dans le mois avec une cérémonie et le Conseil princier préparerait une assemblée avec le nouveau prince de Haute-Savoie : Jean-Louis Vallée. Dans tout cela, les visites diplomatiques à Berlin étaient maintenues, repoussées, mais toujours d'actualité. La Triade, en raison de la situation en France et par respect, avait décidé de modifier les dates. Ces prochaines semaines seraient complexes et intenses, trop pour l'adolescente qui devait composer avec sa grossesse cachée. Comment parviendrait-elle à gérer tout cela ?

Des larmes coulèrent malgré elle. Elle n'avait pas revu Gabriel depuis cette nuit à l'Aiguille du Midi et elle avait besoin de sa présence afin de supporter ces derniers événements. Elle se moquait totalement des médias et des rumeurs ; ce dont elle souffrait le plus était la relation avec son père et les conséquences que cela engendrait. D'ordinaire plus forte, elle semblait sombrer et faiblir. Elle pleurait alors qu'il lui faudrait bien plus pour craquer. Était-ce cette grossesse qui la mettait à fleur de peau ?

Un jappement la sortit de ses pensées. Laïko, son chien shetland, venait de poser sa tête sur le lit de sa maîtresse. Le bel animal à la fourrure bleu merle patientait. Après autorisation, il monta et s'installa près de Charlotte. Au moins, elle serait en bonne compagnie avant de descendre rejoindre ses parents pour le déjeuner.

D'ailleurs, ces derniers se tenaient dans la vaste bibliothèque. Les étagères en chêne massif comblaient une bonne partie de l'espace, tandis qu'une cheminée crépitait non loin de la baie vitrée. Les poutres repeintes en blanc tranchaient avec l'ambiance rustique du lieu et offraient un contraste lumineux avec l'éclairage naturel venant de l'extérieur. Installé sur son fauteuil en cuir beige, le comte survolait avec mépris le journal du jour ; les journalistes continuaient de lancer quelques rumeurs dans la rubrique « people ». Cela était lassant. Ce comportement exaspérait Jonathan qui se heurtait à la liberté d'expression. Dans le fond, l'unique mal réalisé était d'évoquer une possible relation entre les deux adolescents. Aucune photo ni aucun mot ne venait ternir l'image de la jeune fille ou même l'attaquer. D'ici quelques jours, ces vautours passeraient à une autre cible.

Un long soupir s'échappa des lèvres du dirigeant tandis que son épouse s'approcha. Elle s'assit dans le fauteuil face à lui et ajusta son châle beige sur ses épaules. Elle était préoccupée par l'accident troublant du défunt prince dont une rumeur ne présageait rien de positif. Elle leva son regard marron vers Jonathan vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon bleu marine. La cravate était pliée avec délicatesse sur un meuble, prête à être nouée au cou de son propriétaire le moment venu.

— Certains parlent d'un sabotage, déclara Rose dans un murmure, qu'en penses-tu ?

— Si cela est vrai, cela signifie qu'ils ont décidé de frapper.

Neige EcarlateWhere stories live. Discover now