Le labyrinthe

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Michel quitta le tramway bien avant d'arriver au campus. L'université étalait ses pavillons sur un terrain vaste et dégagé, où il aurait eu bien du mal à échapper à une filature. Il descendit rapidement, risqua un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir si l'homme ne le suivait plus, puis il fonça dans une ruelle. Il connaissait toutes les allées du quartier. Il y avait presque grandi et le quartier latin était son deuxième chez soi depuis presque deux ans.

Qui étaient-ils? L'Inquisition ? Ou des mortels travaillant pour un des vampires de la cité, une de ces factions qu'il n'avait qu'entrevues et qui lui glaçaient le sang?

Michel se résolut à un détour par la faculté de théologie. Le bâtiment qui l'abritait était aussi ancien que l'université elle-même. Récemment, il avait accueilli nombre d'autres sciences : histoire, politique, géographie, économie. Peu à peu, la chaire de théologie avait enflé, jusqu'à occuper toute la place. Il connaissait chaque recoin de cet édifice énorme aux couloirs tortueux ; c'était sa meilleure chance de semer un poursuivant.

Grandbois entra. À sa gauche, une porte anonyme menait à l'amphithéâtre, celui-là même où aurait lieu la conférence. Il s'y glissa. L'endroit était désert. Il escalada à la hâte les marches qui séparaient deux groupes de bancs et se rendit à l'une des deux portes de l'étage. Il la passa avec beaucoup de précautions, s'appuya sur le mur à côté d'elle afin de n'être pas aperçu à travers la vitre, puis il ferma les yeux. Se concentrer sur l'homme au journal était difficile : il ne l'avait qu'entrevu à deux courtes reprises. Il finit par y parvenir. Le type était un bosquet qui bordait la faculté, si près que la panique envahit Michel. L'homme parlait au téléphone. Il se savait repéré ; quelqu'un viendrait bientôt prendre la relève. Le nouveau poursuivant l'attendrait à la conférence, dissimulé par la foule, impossible à reconnaître. Il ne restait que quelques heures à Michel pour trouver un plan.

Quand la conférence débuterait, il ferait nuit. La nuit était pleine d'ennemis, mais c'était à ce moment que Michel retrouvait ses quelques alliés. Il prit son portable et laissa un message texte à Grimaldi. On le suivait. On le menaçait. C'était tout ce qu'il était nécessaire d'écrire. L'Ordre devait intervenir pour le protéger.

Dès qu'il eût envoyé le message, Michel se sentit rasséréné. Il avait pris la bonne décision en faisant appel à la seule autorité qui avait quelque prise sur le monde mystérieux qui se mêlait maintenant de sa vie. Cassandra lui revint en mémoire, avec ses prédictions étranges. Il ne parvenait plus à se les rappeler. Puis ce soldat en imperméable aux ordres d'on ne sait qui. Et encore cet inquisiteur qui le connaissait par son nom. Tout le peuple des Bergers lui portait une attention insolite dont il se serait bien passé.

Il sentit son portable vibrer. Grimaldi avait répondu. Il n'était pourtant que midi. Il lui demandait de le retrouver immédiatement dans un laboratoire de la faculté de génie.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !