XXI. Un Chemin Dégagé, Mais Un Prix À Payer

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À la vue du couple, James et Frisette, Hazel agrippa un peu plus fort le bras de l'adolescent à la respiration grave. Son cœur se serrait. Frisette semblait tellement apeurée et James plus confiant que jamais.

Hazel voulait faire confiance à chacun d'entre eux. Mais elle ne pouvait s'empêcher de se poser des questions sur la situation. L'homme-serpent plus solitaire, cet enfant si maître de lui-même et bien confiant en ses capacités (sans oublier que tout le monde paraissait lui faire confiance, alors qu'il avait été un torturant), cet adolescent aux cheveux rouges qui semblait souffrir à l'intérieur de lui-même, l'ange qui souhaitait rester et donc mourir, cette femme à robe bleue qui portait un peu le rôle de mère dans ce petit groupe – du moins, Hazel gardait cette impression – et même James... Les seules envers qui elle n'avait pas d'interrogation particulières étaient les plus effrayés : les siamoises et Frisette.

Hazel se tint la tête. La situation devenait compliquée. Elle avait peur, oui, mais elle s'efforçait de paraître calme et sereine. Trop de questions, pas assez de réponses. Trop de paroles, pas assez d'actions.

Cette fois-ci ce ne fut pas un grognement qui retentit, mais un râle puissant. Elle se retourna vers l'adolescent ; il avait la main dans les cheveux, la manche retroussée, ses jambes tremblaient et sa respiration était devenue saccadée. Il finit par tomber sur les genoux – Hazel ne put retenir son bras – et sa tête cogna le sol sableux. Il se maintenait fermement les cheveux et continuait de râler. La femme à robe bleue s'approcha rapidement de lui et s'abaissa à sa hauteur.

- Tout va bien se passa, murmura-t-elle. Tout va bien. Ce n'est pas réel, et tu le sais.

L'adolescent expira fortement d'un souffle venu du plus profond de son être et sanglota.

- Mais... mais ils... me parlent... Ils... Rhaaa !!

Il releva soudainement le menton et fixa un point dans le vide. Il n'y avait que trois larmes sur ses joues, elles tombèrent vite. Puis, lentement, son regard bascula vers la gauche, et la droite. Il remonta enfin le long de la robe de la fillette. Il se posa sur son visage et redescendit aussitôt dans le vide. Il l'avait à peine vu.

Sous l'étonnement de la femme, il se remit difficilement sur ses pieds et vacilla un peu avant de retrouver l'équilibre. Ce n'était pas ses voix qui l'empêcheraient de survivre. Elles étaient malsaines, certes, mais elles n'existaient pas. Cette enfant... cette fille qui était restée malgré le danger, avec eux, n'était en aucun cas une menace. Elle était humaine, mais... il fallait savoir faire la part de chose. Tous les Hommes ne réagissent pas de la même manière face à l'Étrange.

- Il faut sortir, maintenant, annonça la femme à robe bleue. Les flammes ne sont peut-être plus un grand danger, mais le risque que Malum se réveille et décide de nous ensevelir vivant sous cette torche grandit, lui.

- Et comment allons-nous faire ? demanda l'homme-serpent. Tout s'est effondré, et il n'y a pas une porte d'accessible.

Vehuiah s'avança près de l'une d'elle. Elle était moins encombrée que les autres. Il semblait tout de même peu sûr de lui et même las. Cependant, il paraissait avoir récupérer un peu de constance.

Le crépitement des flammes était toujours continu et pesant, le chapiteau grinçait un peu plus encore, sûrement à cause du vent, et la pression que chacun ressentait était palpable.

L'ange jeta un regard à l'assemblée qui l'observait et soupira. Une plume se détacha de son aile droite et Hazel l'observa descendre lentement, avant de rafler le sol et de remonter brusquement dans les airs. Un souffle chaud l'avait emporté plus loin encore, le souffle chaud d'un petit écroulement dû à une planche délogée de son emplacement. L'ange s'était mis en action.

Cette plume hypnotisait Hazel. Elle s'était si facilement défaite... Et elle était posé à quelques mètres. Elle fit mine d'y courir, mais on la retint.

- Ne t'éloigne pas, d'accord ? dit l'homme-serpent.

Il s'était approché discrètement d'elle, sans peut-être que personne n'ait remarqué quelque chose. Il la colla à lui, un bras protecteur en travers de ses épaules. Hazel fut surprise. Tant par l'affection qu'il lui donnait, que par le sentiment qu'elle ressentait. Elle se sentait protégée, mais elle trouvait également cela très agréable. Ses petites mains montèrent jusque sur son avant-bras et s'y posèrent délicatement. Ses bras avaient quelque chose de rugueux ; l'effet était similaire à la sensation qu'elle avait eue en touchant le véritable serpent en début de soirée.

- C'est étrange, murmura-t-il en son attention. (L'enfant leva la tête, afin de voir le visage de son interlocuteur au-dessus d'elle.) Que tu n'es pas peur de nous... ou même de moi. Je reste celui qui possède le physique le plus désagréable.

La fillette secoua la tête de gauche à droite.

- Tu possèdes le physique le plus... particulier. Pas le plus désagréable.

- Tu as aussi été déstabilisé en m'apercevant, n'est-ce pas ?

Hazel hésita, mais finit par préférer jouer la carte de l'honnêteté.

- Je ne peux pas mentir. Mais je dirais avoir été plus surprise. (L'homme sourit gentiment, mais aussi tristement) Tu restes le plus extraordinaire, ajouta-t-elle.

Il rigola sans attente, et Hazel s'étonna.

- Extraordinaire ?! Tu ne connais pas les capacités d'Itona.

- Itona, c'est...

- Le garçon, là, avec les cheveux rouges. (Hazel lui jeta un coup d'œil ; il regardait, une main sur la tête, Vehuiah défaire les planches brulantes) Ne te m'éprends pas. Il n'est pas fou, à proprement parler. Il souffre. Tu vois ses cheveux à la couleur particulière ? Eh bien, ils ne sont pas aussi simples qu'ils puissent paraître. Et c'est ce qui le torture à l'intérieur. En six ans, depuis que je le connais, je n'ai vu qu'une fois ses capacités mises en œuvre.

- Je ne suis pas sûre de tout comprendre...

- Alors retiens une chose : si cela continue de mal se passer ainsi ou empire, tu comprendras vite ce que je voulais dire. Mais pries tout de même pour que tu n'en saches pas plus. C'est ce qu'il y a de mieux, je pense...

Hazel fronça les sourcils. Elle avait l'impression qu'il lui parlait en énigme. Elle n'aimait pas cela, mais n'en dit pas plus.

L'homme la lâcha. En effet, un éboulement conséquent venait de se produire. Un cri, plus puissant que tous les précédents, déchira l'atmosphère. L'homme-serpent courut jusqu'à la porte dégagée, la laissant là. La femme à la robe bleue avait la main devant la bouche et recula à petit pas tremblant. L'homme-serpent se jetait dans les flammes. Il tomba à genoux dans les débris et, difficilement, en jeta quelques-uns sur le côté. Hazel s'entait son cœur battre à tout rompre. Elle ne voyait rien par les lueurs et la poussière qui s'était levée. Elle aperçut simplement l'immobilité de la silhouette de l'homme-serpent. Ses bras finirent par retomber mollement le long de son corps.

La poussière se déposait.

Les vêtements à moitié dévorés par les flammes, il se releva chancelant.

La voie avait été libéré. Mais un ange était tombé.

Contemptibilia: le cirque des horreursLisez cette histoire GRATUITEMENT !