XX. Découvertes Étonnantes Sur Le Garçon Sans Expression

1 0 0

Elle tenta de lever une main. Toujours aucune réaction. Elle la posa sur son épaule. S'attendant à ce qu'il ne bouge pas d'un millimètre encore – mis à part sa respiration régulière, mais prononcée – elle décida de descendre son bras jusqu'au sien. C'est alors que son menton se leva. Doucement, par à-coups. La fillette vit alors les larmes de trop. Celui-ci avait des yeux noisette rougis, le col de sa camisole trempé et un regard implorant. Profond et implorant. Elle y plongea. Elle crut se perdre dans un tourbillon de désespoir. Une gouttelette de ses orbes s'échappa à nouveau. Le garçon redressa son dos en l'apercevant et pencha la tête en avant.

- Non, ne pleure pas... murmura-t-il la voix empli de larmes.

Ses yeux étaient bien plus inquiets encore, et Hazel ferma les siens. Arrête de pleurer... Elle entendit un nouveau grognement et les rouvrit instantanément.

- On y va, décida-t-elle.

D'un geste stupide, elle s'apprêtait à lui tendre la main, mais, finalement, lui décolla légèrement le dos afin de s'y rendre. De là, elle défit les boucles qui maintenaient ses trop longues manches.

- Tu ne devrais pas faire cela, murmura-t-il encore. Arrête...

L'entêtement de l'enfant étant légendaire, elle ne l'écouta pas et attrapa son bras caché. Elle tira hors de la cellule. Elle l'entendit s'adresser au garçon toujours immobile devant la cage « Je te remercie... » Remercier de quoi ?

Elle courut jusqu'à la dame à la robe bleue, entrainant toujours l'adolescent avec elle. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait que c'était à elle qu'il fallait s'adresser.

- Tout le monde est dehors, dit la femme. Y a-t-il un moyen de sortir ? S'ils ne le font pas maintenant, les autres câbles seront lâchés à leur tour. Et je crains les pompiers et la foule amassés devant l'incendie.

- Je ne pense pas qu'il faille s'inquiéter pour cela, répondit Hazel. Les gens ici ont plus que peur des feux non-maitrisés. Pour les pompiers en revanche, j'imagine tout de même qu'ils seront présents. Et... les câbles ? Ils ne cèdent pas par la chaleur ?

- Tu penses réellement que cela est possible par leur épaisseur ? Non, c'est la troupe qui s'en occupe. Malum doit leur dire de les libérer une fois lui en sécurité. Et c'est étonnant qu'il ne se soit encore rien passé.

- Là-dessus, j'ai peut-être mon mot à dire, intervint le garçon sans expression. Il se pourrait bien que je l'aie assommé avant d'arriver ici...

La femme sourit.

- Je ne te connais pas, mais... étrangement cela ne m'étonne pas.

- Quant à moi, revint Hazel. Je propose que nous y allions. Parce que malgré tout, je ne souhaite pas qu'une toile si lourde nous tombe dessus, vous comprenez ?

- Détends-toi, tu veux ? dit le jeune garçon en la fusillant du regard.

Hazel lui rendit tout en rajoutant un tir de langue. Il leva les yeux au ciel. Puis, l'homme-serpent prit pour la première fois la parole. Il ricana plutôt.

- Ah ! Je l'aime bien cette petite...

Hazel se retourna surprise, mais lui gratifia tout de même un sourire. Le garçon souffla.

- Écoutez. Je ne suis pas non plus... humain, vous saisissez ? Je ne contrôle pas, mais je peux... maintenir... un élément, expliqua-t-il en cherchant ses mots.

- Tu es... une sorte de mage ? demanda la fillette, mi surprise, mi émerveillée.

L'aversion qu'elle lui tenait s'envola aussitôt.

Celui-ci pouffa de rire.

- Vois cela comme ton esprit bien trop empli d'imagination veut le voir. Même si mes capacités sont très limitées. Je ne pense pas avoir un statut pareil. Ce n'est qu'une envie puissante qui m'amène à faire... ce que je fais. Je ne peux pas manipuler le feu ou quoi que ce soit d'autre. Juste le ralentir dans sa course. Sinon, je peux vous assurer que nous serions morts depuis longtemps déjà.

- Et ta force ? demanda l'une des siamoises. Ta force physique ?

- Ou mentale ? continua l'autre. Elle n'en prend pas un coup ?

- Ne vous inquiétez surtout pas pour moi. Je suis là pour vous sortir de là. Pas l'inverse. Si j'y reste, ce n'est pas un problème. Rejoignez seulement la route Est et descendez vers le Sud. Vous devriez trouver Camille et Stéphane aux abords des murailles de la ville.

Hazel s'étonna.

- Mais des gardes sont présents en permanence. Ils risquent...

- Tu apprendras, jeune fille, la coupa-t-il, (Hazel voulut lui rappeler qu'ils avaient sensiblement le même âge, mais se retint afin d'éviter une énième bataille de regard) qu'il existe bien plus de « Contemptibilia » que tu ne le penses. Que tu n'en ais jamais croisé jusqu'à maintenant est une chose, que tu imagines que peu en existe en est une autre. Tu...

- Cela suffit, intervint l'ange Vehuiah, de sa voix toujours si faible. Tu dois te taire. Nous ne pouvons pas lui dire que quoi ce soit avant...

- Avant que nous y soyons retournés et que tous aient pris conscience de sa présence et de sa confiance, coupa le garçon, mimant la fatigue. Je connais les règles.

L'ange acquiesça difficilement. Le garçon laissait décidément une drôle d'impression à son entourage, cet enfant... Il semblait aussi... plus mature que la fillette. C'est James qui en fut étonné.

Ce dernier tenait toujours la main de sa bien-aimée, et ils s'étaient tous deux approchés de la discussion. Frisette le suivait de très près ; elle lui agrippait le bras comme s'il s'agissait de sa dernière chance de survie. Elle ne voulait pas mourir. Elle était plus que tout effrayée par la mort.

Mais en y réfléchissant un peu, il n'était pas compliqué de se rendre compte que ce bras, pour elle, était bel et bien sa dernière échappatoire de ce cauchemar réel et interminable. Et ce, depuis son enfance.

Contemptibilia: le cirque des horreursLisez cette histoire GRATUITEMENT !