XIX. Un Soutien Inattendu

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- Attends ! Attends...

Un garçon. Un garçon, de son âge à peu près, courait dans sa direction. Hazel retint sa main au-dessus des flammes qui, par la chaleur, commençait déjà à brûler à la paume. Elle l'agita vivement quand la douleur devint intense et serra les dents. Une marque noire avait commencé à se former, mais elle ne s'en soucie pas d'avantage. Non, son attention était maintenue par cet enfant qui semblait essoufflé. Puis elle le reconnut...

Elle recula, manquant de tomber dans les flammes. C'était bel et bien ce garçon sans expression qui avait torturé si méchamment le prisonnier aux cheveux rouges. Elle s'apprêtait à fuir sur le côté, quand elle vit dans ses mains les clés. Les clés des cages ?

Ni une, ni deux, elle prit son courage à deux mains et se jeta sur lui. Ayant vu le coup venir, il ne fit que se décaler, alors qu'elle se trouvait déjà assez proche pour l'étreindre de ses bras. Hazel tomba. Elle se releva furieuse et recommença. Mais cette fois, elle fut stoppée par... le musicien. Il la prit dans ses bras et recula. Il aurait aimé parler, faire sortir un son, mais il en était bien incapable.

Elle le reconnue, et alors qu'elle ne fut jamais plus contente de voir quelqu'un, s'échappa une perle d'eau du coin de son œil. Celui-ci sourit doucement ; le nom de Perle lui était de plus en plus approprié.

Hazel comprit et se tourna vers le garçon. Il aidait. Dans quel but ? Elle avait bien plus de question que celle-ci, mais elle n'en prononça pas une seule. S'il avait le moyen de les sauver, elle allait le suivre... Tout en le maintenant à l'œil. Il avait à s'expliquer...

- Si ça peut te rassurer... commença-t-il.

Le reste, tout le reste sans exception de l'estrade s'effondra en une succession de cris assourdissants. Hazel en profita et prit les clés de la main du garçon et courut sous les grommèlements de celui-ci jusqu'aux cages.

La première fut sans raison celle de Frisette. Le musicien s'était aussi dirigé ici et attrapa les mains de la prisonnière à travers les barreaux. Il les embrassa. Sur ses joues déjà baignées de larmes, coulèrent de nouvelles.

- Ja... James... C'est toi ? C'est toi ? Oh James, James, j'ai tel... tellement peur, pleurnicha-t-elle les paupières toujours closes.

James était donc le nom du violoniste. Joli, pensait-elle.

Des six clés, elle trouva la bonne, et la cage s'ouvrit en un grincement aigu. Sans prêter plus d'attention au couple, elle courut à la suivante. Les siamoises.

- Passe-moi quelques clés ! dit si gentiment le garçon qui venait à nouveau dans sa direction.

- Qui dit que les clés que chacun aura seront celles des cages que nous souhaitons ouvrir ? Répliqua-t-elle.

Il lui prit le trousseau des mains et libéra trois clés.

- Si je n'ai pas la bonne, je te le signalerais. Cela voudra dire que c'est toi qui la possèdes, et tu y iras.

La fillette acquiesça avec mépris et reprit d'un coup sec le trousseau. Le garçon leva les yeux au ciel et se dirigea vers la cage suivante, celle de la femme à robe bleue.

La cage des siamoises s'ouvrit, et elles descendirent, tandis que Hazel passait à celle de l'adolescent. Ce dernier grognait toujours au fond de sa prison et ne semblait pas se rendre compte de ce qu'il se passait autour de lui. Il paraissait même à moitié sonné. Et comme elle s'en doutait, aucune de ses clés ne correspondait à la serrure. Au même moment, le garçon sans expression (Hazel était bien décidé à lui garder ce nom, même s'il semblait plus... humain.) revint vers elle – il avait déjà ouvert deux cages. Sans un regard, elle se dirigeait déjà vers celle de l'ange. Il ne fallut que deux secondes pour l'ouvrir, mais celui-ci restait immobile. Il murmurait toujours et Hazel dût se pencher pour l'entendre.

- Je... je reste... Allez-vous en... sans moi... Je...

Hazel, de sa tête boudeuse, lèvre inférieure en avant, prit subitement le bras de l'ange qui fut surpris. Il releva la tête.

- N'importe quoi ! Comme quand vous m'avez dit de partir sans vous. Regardez, monsieur ! Tout le monde est libre !

L'ange continuait de la fixer avec incompréhension.

- Dépêchez-vous ! reprit-elle. Tout le chapiteau va s'effondrer !

- Non, tu ne peux pas comprendre...

- Vehuiah, arrête de t'apitoyer sur ton sort ! C'était il y a six ans ! Maintenant qu'on a l'occasion de fuir, on le fait !

La femme à la robe bleue avançait furieuse ici et le tira, aussi fort qu'elle le pu, hors de la cellule.

- Ce n'est pas en mourant que tu rattraperas le passé...

La femme avait quelques larmes sur la joue, mais ne semblait pas s'en être aperçu. Elle plongea ses yeux dans ceux de l'homme... qui baissa la tête.

- Jeune fille, murmura la femme. (Hazel comprit qu'elle s'adressait à elle.) Va voir le garçon. Il n'a pas l'air d'avoir envie de rentrer dans la cage.

Hazel fronça les sourcils et se tourna vers la prison qu'elle avait précédemment tenté d'ouvrir. Le plus petit se tenait devant et regardait le plus grand n'ayant pas bougé d'un pouce. Ils étaient parfaitement immobiles. Alors, elle les rejoignit. Elle voulut prononcer un mot, mais se ravisa et bouscula le garçon. Sans peur, elle pénétra l'enceinte de fer et s'approcha aussi calmement qu'elle put du prisonnier. Il ne semblait pas l'avoir remarqué, alors elle s'abaissa à son niveau.

Il grognait toujours. Le chapiteau émit un hurlement terrifiant.

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