XVIII. À La Suite D'Hazel Et Un Trousseau

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Cela n'avait été facile, l'entrée principale s'était aussi bloquée, et il n'existait pas d'autres portes de toile. Le seul autre moyen avait été de soulever un de ces murs fragiles. Les manipulables, bien que lourds, se trouvaient au niveau des câbles sautés. Le violoniste, de ses mains si importantes à ses yeux, avait décidé de lui-même de remonter juste un peu une façade enflammée. Le gamin avait roulé en-dessous et avait invité prestement l'adolescent à le suivre, le visage de celui-ci déformé par la douleur des brûlures naissantes. Il avait fini par se jeter à sa suite. Le rideau de flammes était retombé dans son dos.

Cette fois-ci, ce fut le tireur qui parut impressionné par ce jeune homme plein de détermination et de colère. Parce que son expression trahissait de loin son envie de retrouver la petite fille, de sauver ses amis et d'en finir avec toute cette histoire. Lui et eux formaient le billet qui les sauveraient.

Alors debout, le petit plongea sa main dans sa poche droite, et... celle-ci était vide. Il fronça les sourcils ; ses cartouches étaient sûrement tombées quelque part... Il n'avait plus de munition, son fusil était désormais inutile. Il le jeta sur le côté et s'essuya de son bras nu – car manches retroussées – le front dégoulinant de transpiration. En plus d'être fatigué et essoufflé, la chaleur formait un poids puissant sur son crâne et ses épaules. Le musicien était dans le même état, mais il semblait mieux tenir la souffrance des articulations qui les assaillaient tous les deux. Ils ne devaient pas flancher maintenant. Il restait encore un bout de chemin à parcourir.

Sur un accord non prononcé, ils mirent à courir dans le long couloir circulaire que formait les loges et « l'arrière-boutique ». Ils passèrent de magnifiques costumes de scène brûlant sur des mannequins bancals et virent fondre le plastique de objets de cirque.

Ce fut par étonnement qu'ils se stoppèrent rapidement, alors qu'en sens inverse venait un homme de grosse corpulence qui anima encore la colère de plus en plus prononcée de ce garçon longtemps torturé de ses mains.

Les cendres tombaient avec légèreté sur les épaules. Ce n'était encore qu'une pluie fine.

- À nouveau ? Vous n'avez donc rien de mieux à faire que de vous jeter dans les bras de la mort, tous ? s'exclama Malum. Alors jeune grand-père (son dos vouté lui donnait droit à ce surnom de temps en temps) que viens-tu faire ici ? Souhaites-tu récupérer l'enfant que tu as si méchamment volé ? Je t'en prie, désigna-t-il du revers de la main le chemin dans son dos. Suicidaires, vous n'êtes déjà plus de ce monde.

Le visage de cet homme, c'était tout à coup assombri ; ses yeux brillaient d'une lueur malsaine. Le musicien tendit la main à sa gauche, là où se trouvait le garçon, mais celle-ci ne rencontra que le vide. Il tourna la tête, étonné, mais comme il l'avait pressenti, il n'était plus à ses côtés.

La pluie de cendres s'accentua. Il fallait encore se dépêcher. Ils perdaient trop de temps !

- Je n'ai qu'un regret : perdre un élément musical si doué que toi. Mais bon ! Même si vous ne courez pas les rues, vous, les génies musicaux, je n'aurais qu'à jouer de quelques coudes pour en retrouver un ! Peut-être plus coopératif que toi, qui sait ; lui acceptera alors de torturer les prochains monstres que j'aurais sous la main ! Je ne m'inquiète...

Il fut soudainement coupé ; un corps venait de lui tomber dessus. L'imposant bonhomme fut écrasé par la gravité d'une telle force qu'il ne put résister. Son ventre s'écrasa sous son propre poids, un craquement d'os retentit. Il était immobile, surement assommé.

Le petit garçon, le tout petit garçon à la légèreté de plume, se releva, triomphant.

- Une chance que ces estrades soient simples à l'escalade, s'exclama-t-il. Mais un peu plus et je serais tombé à côté. Le feu ne facilite pas la tâche...

Le violoniste le regarda d'un air ahuri.

- Bah quoi ? Allez, viens ! Regarde ce que je viens de trouver.

Il brandit dans sa main un petit trousseau de clé. Trousseau de clé que Malum ne quittait jamais, il contenait le nécessaire pour ouvrir les fameuses cages.

Alors qu'ils reprenaient le chemin, encore plus rapidement que précédemment, le musicien se demanda : Que faisait Malum ici ? N'était-il pas déjà parti ? Le seul moyen de sortir était l'endroit par lequel ils étaient, le garçon et lui, rentrés, puisse que toutes les portes étaient condamnées et malgré le poids lourd que possédait l'enceinte de toile, il s'agissait du seul endroit où les câbles avaient rompu. Comment l'avait-il su ? L'idée que ceux-ci n'avaient pas cédé à cause de l'incendie lui revint en mémoire. Peut-être bien que cela fut orchestré... Mais pourquoi faire ?

Et maintenant, que son regard se dirigeait vers l'enfant à ses côtés, il remarqua le sourire qui se dessinait sur son visage. Un sourire amusé. Pas fou comme vu plutôt, mais bel et bien enfantin.

Un air d'humanité revint peu à peu.

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