XVII. Un Jeune Tueur À L'aide Précieuse

2 0 0

Le garçon avait tiré de sang froid en pleine tête. Il ne cilla pas non plus quand le sang se mit à gicler abondement sur sa chemise blanche. Cependant, il n'accorda pas un regard à la dépouille, comme il n'en accorda pas au musicien, bouche-bée et tétanisé par un être si petit que cet enfant. Dans ses yeux, des éclairs rouges éclataient autour de ses pupilles, celles-ci étaient contractées et le tout formait un effet « fou » sur son visage. Sa bouche n'avait aucune contraction et ne dévoilait pas un millimètre de rangée blanchâtre. Enfin, ses cheveux noirs, complètement noirs, retombaient en cascades de boucles sur sa nuque, encadrant son visage sans une lueur enfantine. Les rayons de lune l'entouraient d'un halo protecteur comme rarement il en avait vu. On l'aurait dit tout droit venu de l'imaginaire...

Lui, le violoniste, était sur le mort ; c'était lui qui l'avait plaqué au sol. Il eut du mal à croire qu'il s'agissait de sa propre personne qui avait réussi un tel exploit... D'un autre côté, ce défunt ne s'était pas réellement défendu, il n'avait pas une seule fois tenté de se libérer, même quand l'enfant lui avait demandé d'accepter de les aider... ou ce serait la mort. Et la faucheuse était finalement venu le prendre dans ses bras osseux en une étreinte affectueuse. L'homme, inconnu de son nom, semblait étrangement calme ; sa joue contre le bitume, il regardait à présent les murs de pierres qui les entouraient, mais il y avait une seconde encore, son regard était tourné vers le ciel. Et c'était d'ailleurs grâce à cela que le violoniste avait réussi à l'atteindre.

Quand enfin, ce dernier prit conscience de sa position, allongé sur un cadavre, il se releva d'un bond et s'écarta même du garçon qui essuyait une trainée de rouge barrant sa joue et son œil gauche.

- Si elle a compris le message, le chapiteau devrait déjà être en feu, murmura l'enfant comme à lui-même. Il faut retourner là-bas. On devra faire sans lui.

Il venait de désigner d'un coup simple de tête l'homme dormant profondément à ses pieds.

- Malgré tout, je pense que l'on pourra faire comme prévu. (Il leva les yeux vers son aîné.) Camille et Stéphane nous attendront aux abords de la ville, une fois tout le monde dehors... Enfin, s'ils sont encore de ce monde, d'ici-là.

Il prit la main de l'adolescent et l'attira vers l'extérieur.

Jamais le violoniste n'avait encore vu un garçon pareil, si entreprenant et maître de lui-même. Après plusieurs foulées, ils rejoignirent la place. À quelques mètres seulement, un groupe s'approchait d'une bouche d'entrée d'une ruelle. Le coup de feu en avait attiré quelques-uns, mais, malheureusement pour eux, ce qu'ils avaient entendu n'était qu'un écho, et le réseau de ces petites routes toutes tracées s'était occupé de le rependre.

Ils se trouvaient derrière le chapiteau et c'était avec soulagement qu'ils constatèrent que celui-ci brûlait bien. La place se vidait à une vitesse hallucinante. Cependant, ils n'avaient pas prévu les réactions de cette enfant, nommée Hazel. Ils la voyaient collée à une paroi encore saine, elle observait le départ de la troupe. Leur fuite. Elle semblait hésitée à se lancer et pénétrer ce lieu enflammé.

Elle doit y aller. Maintenant ! pensa le plus jeune. Ils sont encore dedans. Que fait-elle ?

Il vit le violoniste faire un dangereux pas en avant. Il allait rejoindre la Perle. Mais s'il sortait, il se ferait vite attraper ! De plus, il avait un mauvais présentiment. Et sa petite expérience sur son instinct lui avait appris à s'y fier.

Le musicien le fixait avec colère, il sentit ses poings se fermer, mais le tireur ne s'en soucie pas une fois. Il avait compris l'attachement qu'il avait donné à cette enfant encore inconnue de sa personne.

Quand il reporta son regard vers elle, justement, il s'empressa de lever le bout du canon dans sa direction. Il avait senti une légère vague de panique l'envahir. Non, reprends-toi. Concentre-toi. On lui avait alors jusqu'ici toujours appris à se contrôler, qu'importe les circonstances. S'il perdait son sang-froid... Tout reposait sur ses épaules à partir de maintenant. Tout comme sur celles de cette fille.

Il respira lentement et fixa son adversaire. Il n'était pas si éloigné d'eux... et tira à nouveau. Hazel put retomber sur ses pieds et détacha sa cape avant de s'éloigner. Les deux garçons de l'ombre se sentir soulagée et expirèrent un bon coup. Le tireur n'avait pas senti sa main se glisser de soulagement dans celle du maigrelet, et ce dernier, s'en étant rendu compte, ne daigna pas l'enlever. Il trouvait cela... mignon et agréable. Même pour un garçon ayant abattu plusieurs hommes.

Hazel avait pénétré le chapiteau, au moment même un trois « TCHING » parvinrent à leurs oreilles. Quelques câbles maintenant le chapiteau venaient de finir de fondre et avaient lâché. Cela attisa la curiosité du plus petit, puisse qu'en effet, ces câbles devraient être un peu plus résistant que cela...

Peu importe ! Maintenant, il fallait à tout prix la suivre à l'intérieur, mais son entrée étant condamnée, il fallait trouver un autre moyen de pénétrer ce lieu malsain, tant par les flammes que par ses activités.

Contemptibilia: le cirque des horreursLisez cette histoire GRATUITEMENT !