XV. Un Immobile, Un Fuyard Et Des Dissuasions

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Il restait là des malles entières d'engins cirquiques. Des anneaux, des massues, de longs rubans... Tout avait été laissé tel quel, dérangé et maintenant abandonné. Hazel courut le long de cette étendue d'objets sans intérêt.

Il faisait chaud. Elle avait terriblement chaud. Elle sentait un peu de sueur couler sur son front et sa nuque. Les flammes grimpaient encore ; sur sa droite, le bois du dessous de l'estrade brûlait. Elle ouvrit de grands yeux, mais continua. Elle devait rejoindre le centre du chapiteau. Il s'agissait de l'endroit le plus propice pour trouver les Contemptibilia et les libérer. Cependant, elle n'avait pas souvenir que les portes de l'estrade étaient si éloignées les unes des autres.

Malgré le craquement sourd du bois se tordant sous la chaleur, elle entendit des voix. Elle se rapprochait de voix. Elle se rapprochait de...

Elle vit à gauche une entrée vers le centre sableux, à droite était toujours l'incendie qu'elle avait provoqué et en face, juste en face, se trouvait son père allongé plat ventre tandis que Malum avait la main plongée dans une poche du veston de l'inconscient. La canne au pommeau émeraude brillait à quelques pas de ses doigts.

- Malum, hurla-t-elle dans la plus grande impolitesse.

Celui-ci sursauta et se retourna dans sa direction avant de tomber par déséquilibre. Il se releva prestement et se positionna devant le corps immobile.

- Que fais-tu là ? Ne vois-tu pas qu'un incendie ravage mon chapiteau ? Dépêche-toi de fuir, stupide enfant !... Ne serais-tu pas la fille qui s'est fait enlever par cet abruti de muet ?

Une expression de peur mêlée à la surprise se colla subitement sur ses traits. Aussi humoristique que cela puisse paraître, l'enfant et le maître de cérémonie froncèrent au même moment les sourcils. Chacun se méfiant de l'autre...

- Tu as donc réussi à t'échapper, murmura-t-il. Il t'a relâché ! Quelle bonne surprise...

Mais sa voix trahissait le sentiment contraire.

- Il ne m'a pas enlevé, et vous le savez ! Ne faites pas l'innocent... Je vous trouve bien calme pour quelqu'un qui perd une partie de son matériel de travail.

- Ce n'est pas ce qui est important. J'ai bien assez d'argent pour tout racheter dix fois, s'il le faut.

Des hurlements s'entendirent au centre de la salle de spectacle, invisible des yeux ; le son que produisaient les planches tombant au sol s'était amplifié de manière conséquente. Une partie de l'estrade s'était complètement effondrée.

Hazel fut prise de panique et sans réfléchir, se précipita vers la porte. Malum ne put réussir à l'attraper au passage, de plus, le corps immobile de son père était sorti de la tête de l'enfant. Oui, elle l'avait subitement oublié, ce n'était pas sa priorité. Elle voulait que personne ne meurt, mais... la haine l'animait tout de même.

Ils étaient encore tous là, enfermés dans leurs cages de fer aveuglant. Elle se précipita vers la première qui venait, celle de l'ange aux ailes noires. Elle secoua la porte, mais celle-ci refusait de s'ouvrir. Le sang collait ses chaussures, et elle manqua de tomber. L'ange murmurait quelque chose, mais elle n'écoutait pas. Il semblait même avoir accepter le sort – contrairement aux autres. Elle était plus terrorisée que jamais. Jamais la mort n'avait été si proche d'elle. Mais ce n'était pas à sa propre personne à laquelle elle pensait.

- Ouvre-toi ! hurla-t-elle à la porte de la cage. Ouvre-toi, ouvre-toi, laisse-les partir !

Elle savait que cela ne changerait rien. Ses paroles n'aideraient en rien.

Les craquements parlaient encore autour d'eux, la chaleur s'intensifiait et les sanglots et prières accompagnaient le tout.

Où sont les clés ?! Où est Malum ?!

Hazel s'était retournée. L'ingrat avait fui. Pourquoi ne l'avait-elle pas arrêté ?

D'autres cris. D'autres effondrements. Non, ils ne mourraient pas. Elle avait décrété qu'elle les ferait sortir d'ici.

On l'appela sur sa droite. C'était l'homme-serpent.

- Hey ! Hey, petite ! Laisse, vas-t-en ou tu y passeras aussi ! Nous, nous sommes déjà morts. Sauves-toi, d'acc...

Bien sûr, l'enfant ne le laissa pas finir. Elle promit :

- Je vais ouvrir ces cages ! Je ne peux pas partir alors que je sais que des personnes s'y trouvent encore ! Je... je n'ai pas peur de mourir !

Cela frappa les esprits. Ce n'était pas vrai. Elle était terrifiée à l'idée de perdre la vie, mais encore plus quand il s'agissait des autres.

- Ne dis pas n'importe quoi ! hurla la femme à la robe bleue. Tu ne peux pas mourir avec nous !

Une autre partie de l'estrade s'effondra, condamnant une des sorties – l'entrée principale du cirque était déjà hors d'atteinte. Frisette cria à son tour de terreur ; elle ne voyait rien, mais entendait absolument tout ce qu'il se passait. Les siamoises et le garçon aux cheveux rouges étaient recroquevillés dans un coin de cage, ce dernier grognant. Quant à l'ange, il semblait dans un état second. Les yeux fixant le vide, la bouche celée.

Le feu, le fer. Combinés, c'est fondre, non ? Ce fut la seule idée de Hazel. Alors elle courut jusque devant le grand incendie d'une des parties de l'estrade tombée. Les flammes se jetaient parfois sur elle ; elle crut voir un de ces animaux féroces et rugissants. Si elle prenait un bout de bois, sa main brulerait à son tour. Mais qu'importe, elle était la plus courageuse !

Cependant, son idée ne put aboutir, elle futinterrompue en plein élan.

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