Chapitre 7

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Après s'être arrêtés dans une supérette dans le but d'acheter de quoi réaliser un pique-nique, Gabriel et Charlotte se dirigèrent vers le périphérique de l'Aiguille-du-Midi. Abandonné depuis bien des années, un groupe d'individus le squattait et le mettait en fonctionnement la nuit pour les aventuriers. Le droit de passage était réservé aux plus aisés et certaines nuits pouvaient être bloquées plusieurs jours à l'avance. Bien entendu, Gabriel faisait partie des privilégiés qui ne se privaient pas d'accéder au sommet de l'édifice. Une fois à la gare de départ, un homme aux longs cheveux avec une barbe mal rasée les accueillit. Son allure négligée en termes d'hygiène, de vêtements délavés et de chaussures trouées, ne prodiguait aucune confiance. Toutefois, cet individu était une grande fiabilité : les apparences étaient bien trompeuses.

Les adolescents prirent leur ticket pour un aller-retour. L'unique règle était de redescendre avant le lever du soleil. La télécabine restait dans le noir, aucune lumière n'était acceptée à l'intérieur pour éviter d'être repérée, et l'obscurité nocturne offrait ainsi des trajets en toute discrétion. Par conséquent, les voyages de jour étaient interdits. Les aventuriers qui manquaient l'heure du retour étaient contraints de demeurer sur place jusqu'à la nuit. Gabriel et Charlotte s'étaient déjà retrouvés coincés à l'Aiguille-du-Midi et ils en avaient nettement profité. Cela faisait une anecdote amusante à raconter lors de certaines soirées. En revanche, le gardien des lieux n'avait guère été enchanté de la situation. Il n'omettait pas qu'il risquait sa tête, car elle était la fille du comte. Pour cette raison, ils étaient montés dans la cabine sans un mot face à son regard strict ; il n'avait pas oublié et il devenait méfiant avec ces deux énergumènes.

Durant la grimpée, Charlotte observa le paysage montagneux avec la vallée. Elle s'étendait et Chamonix provoquait une pollution lumineuse insoupçonnée par les habitants. Au sommet, le spectacle de la voûte céleste se dévoilait pleinement. Les astres brillaient et cette immensité rendait petits et humbles les humains admirateurs. Charlotte aimait cet espace et cette liberté. Elle abandonnait le temps d'une nuit le poids de son rang en songeant qu'il existait bien plus grand qu'elle. Les Hommes n'étaient pas grand-chose. Cette minuscule planète bleue n'était rien au milieu du cosmos. Étaient-ils seuls dans l'univers ? L'adolescente espérait que non.

Le contact de Gabriel la sortit de ses pensées. Ils se prirent la main et elle posa sa tête sur ses épaules.

— Si c'est une fille, je l'appellerai Céleste, annonça-t-elle avec douceur.

Son ami sourit. Il n'aurait pas le dernier mot concernant le prénom de leur enfant. Ce choix ne l'étonnait pas. Il était poétique. Il représentait l'immensité et la beauté. Dans le fond, il approuvait.

Au bout d'un quart d'heure de montée, ils se préparèrent à l'arrivée du téléphérique à l'Aiguille-du-Midi, à 3 777 mètres d'altitude avec une vue imprenable sur les Alpes françaises, suisses et italiennes. La vieille terrasse culminant à 3 842 mètres n'était plus accessible, car trop délabrée par le temps. Ce lieu le plus majestueux de la vallée de Chamonix avait été abandonné une centaine d'années auparavant. Les travaux de réhabilitation étaient désormais trop onéreux pour être engagés. Heureusement que quelques passionnés maintenaient illégalement en service les télécabines et des espaces au sommet : la raison pour laquelle la discrétion était primordiale.

Gabriel et Charlotte s'emmitouflèrent dans une chaude écharpe et manteau, tronquèrent leurs baskets pour des chaussures adaptées à la marche sur glace et l'adolescente posa un bonnet en laine sur sa tête. Elle cacha précieusement ses oreilles, ce qui fit rire son ami.

— Quoi ?

— Toi et tes oreilles, c'est une grande histoire d'amour.

— J'y tiens à mes petites oreilles. Il fait un froid glacial là-haut je te signale.

Neige EcarlateWhere stories live. Discover now