XI. Une Fuite Pour Mieux Revenir ?

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Et elle pleurait à genoux sur le sable. Elle avait l'impression qu'une charge lui avait été confié, mais que la pression avait été telle qu'elle avait voulu simplement disparaitre. Elle le voulait toujours.

Frisette avait la main sur la bouche, ses larmes coulaient toujours ; elle avait peur. Encore et toujours peur. De ses actions depuis le début de leur rencontre, Hazel avait conclu qu'elle n'était peut-être pas tant que cela habituée à sa cécité ; elle semblait à peine pouvoir se repérer dans l'espace.

Hazel ne voyait plus rien du reste. Elle se laissa férocement traîner par Malum, jusque sous les estrades. Elle ne remarqua pas non plus l'homme qu'était son père se lever rouge de colère et de honte et descendre les rejoindre. Quand elle fut complètement dans l'ombre, le maître la jeta par terre. Non, il n'en avait aucun droit, mais à cause d'elle, il risquait de perdre la bonne réputation de joie et de bonne humeur constante de son cirque.

La fillette n'osait pas bouger, extériorisant ses larmes de tristesse et d'effroi trop longtemps contenues.

— Je savais que je n'aurais pas dû accepter ! rugit le maître. Tu avais l'air trop faible. Tu es bien un de ces êtres qui ne supporte rien ! Ton père va surement venir nous rejoindre. J'ai tout intérêt à recevoir le reste de mon argent !

Hazel entendait ses paroles, mais n'écoutait pas. Elle reçut un coup de pied dans l'abdomen et en eut le souffle coupé. Elle se recroquevilla sur elle-même, se tenant la partie souffrante. Puis Malum la prit violement par les épaules et la releva en oubliant de replacer le chapeau à fleur qui avait roulé un peu plus loin.

— Tiens-toi droite. Ton père est là.

Hazel tenta de reprendre son souffle et de contrôler la douleur qui lui frappait la poitrine. Viduus arriva donc, toujours assisté de sa canne.

— Malum, que se passe-t-il à la fin ? (Sa voix montrait bien la colère.)

— Mr Viduus, il semblerait que votre fille ait fichu un sacré bordel dans le cheminement du spectacle. Je souhaiterai donc...

— Qu'attendez-vous ? hurla le père. Vous n'aurez rien, vous entendez ! Que vais-je bien pouvoir expliquer à mes voisins ?! Qu'un homme stupide a souhaité me ridiculiser ?! Quelle honte m'avez-vous donné !

La fille tenta de prendre la parole, mais elle ne put que recracher un peu de bile.

— Oh toi ! s'énerva-t-il à nouveau. Regarde ce que tu viens de faire à mes chaussures ! Tu ne perds rien, une fois à la maison. Je ne sais même pas pourquoi je te chouchoute ainsi, ni pourquoi je cherche à t'endurcir. Tu ne sers à rien ! Tu ne seras jamais rien !

La fillette le regardait seulement sans vraiment prendre conscience de ce qui l'attendait. Elle avait simplement l'esprit embrouillé – à moins qu'il ne soit complètement éteint. Il était difficile de réfléchir et pourtant, elle savait parfaitement ce qu'elle ressentait. Son cœur brulait, il serait bientôt en cendre.

— Le spectacle s'est arrêté, reprit Malum. Vous pensez sincèrement que le public ne souhaite pas voir la suite ? Que suis-je censé faire ? Tout cela est la faute de votre fille.

Ce dernier tendit dangereusement la main vers l'enfant, il voulait une nouvelle fois lui agripper l'épaule. Mais elle recula d'un bond sous les yeux d'incompréhension de ces monstres. Son esprit était toujours aussi embrumé, c'était son instinct qui avait parlé. Après tout, il était hors de question qu'un être aussi infâme la touche à nouveau.

Cependant, cette action ne fut pas sans conséquence et elle tomba en arrière, douloureusement affaibli par le coup qu'elle avait reçu. Les deux s'approchaient d'elle, les visages déformés par la colère.

Enfin, son esprit s'éveilla un peu. Elle ferma les yeux et s'attendit à la sentence. Mais au lieu de cela, deux mains la soulevèrent par les aisselles. Elle releva immédiatement les paupières. La personne qui à présent la portait, courait aussi vit qu'elle semblait le pouvoir. Elle vit Malum se hâter à sa suite, mais son embonpoint l'empêchait d'être aussi rapide. Quant à son père, sa jambe blessée le gênait pour tout mouvement. Elle ne les entendait pas crier, ils semblaient déjà loin.

Sans qu'elle ne s'en aperçut, elle se trouva derrière le chapiteau. L'air froid, gelé, mordait la peau de la fillette de tout côté. Elle voyait, mais ne regardait pas, elle se sentait juste ballotée par deux bras frêles.

Elle finit par toucher terre et cligna des yeux ; sa vision était légèrement floue. Elle comprit qu'il ne s'agissait que de larmes. Elle leva la tête, et alors, vit son sauveur : le fameux violoniste. Il était essoufflé et rouge. Ces deux mains étaient positionnées au niveau de son ventre et il cherchait de l'air.

Pourquoi avait-il fait cela ? Comment de sa corpulence avait-il réussi à la soulever jusqu'ici ? Elle reconnut les rues étroites de la citadelle, les petites ruelles pour la plupart abandonnées, dont seuls les quelques rayons de lune perçant les nuages pouvaient éclairer.

Elle pleurait. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle pleurait, et elle se jeta dans les bras du musicien. Quoi qu'un peu surpris au début, il finit par lui rendre son étreinte. Il serrait fort. Pas assez pour lui faire mal, mais elle sentait que lui aussi avait besoin d'affection. Elle le sentait trembler. De froid par ses bras nus ? De peur ? De tristesse ? De colère ? Peut-être un peu de tout finalement...

Hazel se détacha légèrement et prit l'air le plus sérieux qu'elle savait arborer.

— On ne peut pas les laisser là-bas, dit-elle. Il faut aller les chercher ! Je... Je ne sais pas ce que je dois faire. Tu dois m'aider !

Le garçon recula un peu, de sorte qu'elle puisse parfaitement voir ses yeux intrigués et interrogatifs. Sa bouche était fermée et il l'observait. Hazel aurait dit qu'il lisait en elle. Elle frissonna.

— Pourquoi est-ce que tu ne dis rien ? Pourquoi ? Tu ne veux rien faire ? Tu veux les laisser ? Répond-moi !

Il soupira et doucement, par saccades et hésitant, il entrouvrit les lèvres ; Hazel baissa la tête.

Là où il aurait dû se trouver sa langue, il n'y avait en fait... rien.

— Je suis désolée, murmura-t-elle.

Le garçon sourit et lui prit la main.

C'est alors qu'Hazel sentit une chose particulière : la confiance. Elle se rendit compte que la seule et véritable confiance qu'elle pouvait donner maintenant était à cet homme, ou plutôt, cet adolescent, qui lui était en fait inconnu. Elle n'avait pas peur qu'il puisse être d'une mauvaise personne ; après tout, il venait de la sortir d'une situation qui perdait tout contrôle.

Cette simple étreinte la rassura et elle lui rendit cette affection.

Il lui caressa doucement le visage, et comme unaccord, l'entraina hors de la ruelle.

Contemptibilia: le cirque des horreursLisez cette histoire GRATUITEMENT !