— Oh non, de ce côté-là, pas de souci. Pis ce serait pas voler à proprement parlé, juste chiper. Mais c'est qu'les gens de l'usine à rêves et nous, on n'est pas dans les meilleurs termes depuis qu'ils ont lancé c't'élevage. C'est tout de même à cause d'eux si on n'a plus d'boulot et bientôt plus rien à grailler. Autrefois, on s'en jetait souvent un p'tit ensemble, mais maintenant... Disons qu'ça va être plus compliqué de les aborder. Par-dessus le marché, il faudra que l'un d'eux s'montre à la taverne en tenue professionnelle, ce qui est rare vu qu'ils les laissent sur place la plupart du temps. Y'a bien l'ex-femme d'Espadon qui travaille pour eux, mais ils refusent de s'adresser la parole depuis leur séparation.

— Et en fabriquer un faux ?

— Pour ça, faudrait avoir la garantie qu'ils ne servent pas à ouvrir des portes. En Onirie, c'est pas comme dans vot' monde. L'usine à rêves est le seul bâtiment à utiliser tous ces gadgets électriques, et encore, c'est très récent. Nous autres nous recourons rarement à la technologie moderne, c'est pas bon pour les rêves.

— Si seulement les Marchands avaient votre éthique...

— À qui le dites-vous..., se lamenta Tonneau, même s'il hésitait sur la signification de ce terme.

Sourcils froncés, Ophélia se frotta les tempes.

— L'idée du faux badge me paraît tout de même judicieuse. Je serai déjà à l'intérieur de toute manière, et nous savons que l'accès aux bassins d'élevage n'est pas réservé aux soigneurs. Si jamais il y a des endroits hors d'atteinte, et bien tant pis, nous ferons avec. Dans un premier temps, nous devons tout d'abord trouver le nom et l'adresse de la blanchisserie.

— Y'avait rien d'écrit sur la camionnette ?

— Non, seulement un logo.

— Que représentait-il ?

— De grosses bulles bleues.

— Ça m'dit rien. Faut dire que j'y connais rien en laveries. Chez moi, c'est ma femme et moi qui faisons la lessive.

— Vous êtes marié ???

— Bien sûr ! Vous croyez quoi ? On a une vie en dehors de « La Voie » !

— Oui, oui, je n'en doute pas. Simplement, quand je suis là, vous êtes toujours soit sur le vaisseau soit à la taverne, alors je m'étais imaginé...

— Que j'étais un vieux célibataire ? Ha ha, désolé de vous décevoir, mais j'suis un homme marié. Vous savez, pendant qu'vous êtes dans l'Egeiro, il s'écoule beaucoup de temps ici, que nous passons avec nos familles.

Ophélia se fit désormais une tout autre image de son équipage.

— Il faudra que vous me la présentiez dans ce cas.

— Quand vous voulez. Mais puisque vous devrez rester ici ce jour-là, assurez-vous de n'avoir aucune obligation dans vot' monde.

— J'y veillerai. Revenons-en à nos moutons, je vous prie. Avez-vous un annuaire ?

— Un quoi ?

— Un gros livre avec des adresses dedans.

— Ah non, ça n'existe pas. L'Onirie n'est pas bien grande. Si l'on veut connaître les coordonnées de quelqu'un, on se rend au Cheval Express. Ce sont eux qui distribuent le courrier et qui conservent les adresses de tous les habitants.

— Sont-ils ouverts en ce moment ?

— Comme tous les services et commerces en Onirie : oui. Nous travaillons la nuit, et nous reposons le jour.

Capitaine des RêvesRead this story for FREE!