Chapitre 13

1 0 0

Ophélia ne tenait pas en place quand elle embarqua à bord du vaisseau. Marcel lui-même était une vraie boule de nerfs, son pelage chargé d'électricité statique. Zigomar se posa sur l'épaule de sa patronne pour tenter de la calmer.

— J'ai déjà relevé trois comportements bizarres dans mon entourage, Ziggy. Davantage même, car maintenant que ça me revient, je n'ai vu quasiment aucun de mes collègues aujourd'hui. Chacun se terrait dans son bureau.

Elle prit place devant le miroir et entreprit d'appliquer des fards sur son visage de façon à se vieillir.

— Je sens au fond de mes tripes que leur apathie a un lien avec les nouveaux rêves d'élevage et nous devons à tout prix le prouver. Pas seulement pour sauver notre commerce, mais aussi pour la santé de mes compatriotes.

— Et toi, es-tu affectée ?

— Je ne dors pratiquement plus, sans doute un effet secondaire de mes voyages en Onirie. Cependant, je n'en ressens aucune fatigue. Et pour anticiper ta question, non, ce n'est pas dû à la berry. J'en bois de temps en temps, mais toujours avec modération. Tant que nos problèmes ne sont pas réglés, je veux m'assurer d'être pleinement en possession de mes moyens.

— Bonne initiative, approuva Zigomar.

Ophélia enfila ses vêtements et sa perruque, tandis que le poisson-perroquet retournait dans le médaillon.

Pareillement à la veille, Tonneau la conduisit à proximité de l'usine, et Marcel gambada joyeusement dans l'herbe, poursuivant les étranges papillons d'Onirie, pendant que sa maîtresse ne quittait pas le bâtiment des yeux. À nouveau, rien d'autre que le calme pendant longtemps. La jeune fille sentait poindre le désespoir. Finalement, une camionnette identique à celle de la veille apparut. Des bulles étaient peintes sur les côtés du véhicule, Ophélia en déduisit qu'il devait s'agir d'une société de nettoyage, plus précisément un service de blanchisserie, car des employés y chargèrent un gros baluchon, sans doute les uniformes sales. Fort probable même, puisqu'Ophélia avait trouvé la combinaison qu'elle avait empruntée roulée en boule dans un bac parmi d'autres. Elle jubilait en notant précieusement ces données supplémentaires dans son carnet, et attendit impatiemment le retour de son second pour partager avec lui sa découverte, ainsi que le nouveau plan qu'elle avait ébauché dans sa tête.

— Je vais utiliser le camion de la blanchisserie pour m'introduire dans l'usine à rêves. Je ne sais pas encore exactement comment je vais m'y prendre, or cela me paraît la solution idéale. Je me cacherai dans le charriot de linge.

— Et une fois à l'intérieur ? s'enquit Tonneau.

— Pareil que la première fois : j'enfilerai une combinaison et me mêlerai au personnel. Avec le masque, personne ne verra mon visage.

— Avec tout le respect que j'vous dois, Capitaine, j'vous rappelle qu'ça n'avait pas si bien fonctionné que ça...

— Oui, parce que je n'avais pas de badge. Il faut que je m'en procure un.

Se tapotant le menton du bout de l'index, elle se tourna vers son second avec l'air de quelqu'un qui a une idée derrière la tête.

— Quoi ? fit Tonneau. Oh non, j'vois où vous voulez en venir...

— Vous devez en subtiliser un pour moi !

— Sacrebleu ! Pourquoi moi ?

— Parce que je vis dans l'Egeiro la plupart du temps, que je dois finir de mettre mon plan au point, et que plus nous reportons, plus les dégâts dus aux rêves d'élevage risquent de devenir importants. Pourquoi une telle réticence ? Ne me dites pas que le fait de voler vous rebute ?

Capitaine des RêvesRead this story for FREE!