Chapitre 10

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— Bonjour, grand-mère !

— Bonjour, ma chérie. Entre vite, il y a des courants d'air.

Ophélia ferma la porte derrière elle et remit en place le boudin en forme de basset qui empêchait le froid de s'infiltrer dans la maison.

— Quel bon vent t'amène ?

— Depuis quand ai-je besoin d'un prétexte pour venir te voir ?

— Disons que ces derniers temps tu as souvent d'étranges requêtes, alors je me pose des questions. Du nouveau chez « À vos souhaits » ? Des remaniements de postes ?

— Pas que je sache. On a commencé à préparer les fêtes, comme tu le sais c'est notre période la plus chargée.

— Et monsieur Du Ventoux t'a sollicitée ?

— Euh, non.

— Ah.

Mme Dessanges parut déçue.

— Tu m'as l'air plus créative que d'habitude en ce moment, du coup j'avais espéré que ton talent soit enfin reconnu à sa juste valeur.

— Je n'ai toujours pas trouvé le courage de montrer mes dessins à mon patron.

— Ne traîne pas trop quand même, ce serait dommage de louper le coche.

La vieille dame remplit la bouilloire d'eau et la posa sur la gazinière, tandis qu'Ophélia attrapait le pot de thé sur l'étagère et disposait deux tasses et la boîte à sucre devant elles.

— Grand-mère, je me demandais, tu as toujours les costumes de l'époque où tu jouais au théâtre ?

— J'en ai gardé certains. Pourquoi ?

— J'aurais besoin que tu me les prêtes.

— Une autre soirée déguisée en perspective ?

— Non, pas cette fois. C'est, euh... pour Mylène.

Ophélia culpabilisait de mentir à sa grand-mère alors qu'elle lui avait toujours confié tous ses secrets. Or impossible d'avouer la vérité sans passer pour une folle.

Mme Dessanges la précéda dans son ancienne chambre, devenue chambre d'amis après que la jeune fille eut pris son indépendance, et ouvrit la penderie en grand.

— Voilà ce qu'il me reste. Jettes-y un œil pendant que je termine de préparer le thé.

Avec un vif intérêt, Ophélia passa en revue les vêtements suspendus aux cintres. Il y avait des tenues d'époque, d'autres plus contemporaines. Son dévolu se porta sur une robe violette en dentelle, avec une ombrelle assortie, et par chance, dénicha encore un châle sombre et une perruque.

— Tu trouves ton bonheur ? s'enquit sa grand-mère depuis la cuisine.

— Oui, c'est parfait ! Merci.

Elle plia le tout soigneusement et le fourra dans un cabas, avant de s'installer aux côtés de son aïeule. Ophélia remarqua que les mains de la vieille femme tressautaient légèrement tandis qu'elle versait le thé.

— Ce sont de nouveau tes médicaments qui te provoquent ces tremblements ? Ça dure depuis longtemps ? interrogea-t-elle.

Mme Dessanges secoua la tête.

— Le médecin a ajusté mon traitement, ce doit être la fatigue. Je ne fais que somnoler ces jours-ci.

La jeune fille fronça les sourcils. Serait-ce là un effet des rêves d'élevage ? Sa grand-mère dormait d'habitude d'un sommeil de plomb, ces troubles soudains n'avaient à son avis rien d'anodin.

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