Chapitre 13

Depuis le début

Je sens une main sur mon dos et me retourne aussitôt. Malik Arvin. Il n'a donc pas été viré. Mais je pense qu'il a dû se prendre un sacré savon. Il me sourit en me complimentant sur ma tenue tout en me faisant la bise. Il est un peu trop tactile et proche de moi, ça me rend mal à l'aise. Il m'emmène en coulisse où je retrouve les filles. Elles sont déjà prêtes dans leur première robe, maquillées, coiffées. Un seul mot : exceptionnelles.

— Les filles... Vous êtes sublimes !

— Toi aussi Charlize !

Une des filles de l'équipe, j'ai oublié son prénom, ou plutôt je n'arrive pas à tous les retenir, vient me voir.

— Nous avons besoin de toi Charlize pour porter la dernière robe.

— Quoi ? Il y en a que cinq et les filles alternent c'est bon.

— Monsieur Anderson a souhaité en faire une sixième. Pour vous.

Ok, je vais le tuer quand je vais le voir. Comment il a pu la faire ? Il ne connaît pas mes mesures. Je suis ma collègue jusqu'où la robe de mes rêves est accrochée, celle de couleur champagne, celle que j'avais refusé de lui montrer, celle qu'il avait tout juste aperçu sur la table de la cuisine. Et elle est encore plus belle. De petites pierres ornent le bustier et le bas de la robe est à tomber. Exactement comme je l'imaginais.

— Mais comment avez-vous pu la finir ? Je n'ai jamais donné les croquis.

— Monsieur Anderson a également du talent pour ce qui est de dessiner. Il l'a fini et a exigé que vous seul la portiez.

— Où est-il ? Je dois lui parler.

— Nous ne savons pas, il n'a pas donné de nouvelles aujourd'hui. Il faut que vous alliez vous changer.

C'est vrai, l'enterrement était aujourd'hui. Mais je lui dirais quand même deux mots dès que je le vois. Je passe en cabine pour me changer.

Une des stylistes m'aide à la fermer dans le dos. Elle me va au millimètre près. Je me dirige vers le miroir et j'ai un peu peur de me regarder. Si ça se trouve, elle ne me va pas du tout, j'aurais l'air de rien. Et en fait pas du tout. Je ne me reconnais pas dans le reflet du miroir. Exactement comme dans un rêve. Cette robe est faite pour les courbes et les poitrines plus imposantes. La styliste me dit que je suis magnifique et je la remercie en souriant et me retourne. Tout le monde m'observe. Je me sens mal à l'aise. Et je vois Cléa, Lynn et Jihane qui commencent à m'applaudir avant que tout le monde suive, même celles qui font des remarques sur mon poids quotidiennement.

L'annonce du début du défilé nous interrompt et tout le monde se dirige sur le bord de la scène pour regarder la première partie du défilé. J'en profite pour envoyer une photo à Matthieu dans le miroir pour lui montrer cette somptueuse robe et lui dire que je ne pourrais pas lui filmer l'intégralité. Je me faufile également pour regarder et il est là. Il fait le discours d'entrée dans un sublime smoking avec sa chemise légèrement ouverte au col qui le rend davantage sexy et moins sérieux qu'avec une cravate. Ça m'étonne de lui, qui est plutôt toujours très carré. Il fait un discours simple et concis avant de laisser place aux premiers mannequins qui s'avancent sur une musique assez rythmée. Les tenues sont très belles. Les gens vont détester les malheureuses six pièces que nous allons présenter. Nous passons entre les deux parties du défilé principal.

La première partie s'achève enfin et Monsieur Anderson remonte à nouveau sur scène tandis que les filles se préparent. Je me tiens prête à filmer les premières minutes au moins. Il prend la parole.

— Comme interlude, je vous propose de découvrir une nouvelle gamme de notre collection printemps. Dans le monde de la mode, il est très rare de voir des pièces de haute couture dépasser la taille quarante-deux voire, même quarante parfois. Pourtant environ quarante pour cent des femmes font une taille supérieure au quarante-deux contre six pour cent à peine pour un trente-six. Et pourtant, nous continuons à produire et à promouvoir des tailles fines. Pourquoi ? La beauté ne s'arrête pas à une taille, la mode non plus. C'est pour cela, et pour défendre ces femmes que je vous présente aujourd'hui, une ligne de vêtements qui s'inscrira dans notre collection dès maintenant. Chaque pièce a été dessinée par Charlize Marchal, une jeune apprentie au talent immense. Je vous présente aujourd'hui la collection EZIL.

L'amour n'a pas de tailleWhere stories live. Discover now