Chapitre 25 - Partie 4

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Mattéo trembla et, du bout de ses pouces encore armé de concentrateur, brisa les liens qui retenaient ses bras.

Fini.

Il ne pouvait plus rien faire. Sa foi inébranlable en son Maître le poussait à croire que tout irait pour le mieux. Ou presque. Au moins un de ses organes n'existait plus. Il ne voulait même pas imaginer l'état de l'intérieur de son corps. Seule la magie le maintenait conscient et ses réserves diminuaient de plus en plus vite. Froidement, il calcula les minutes écoulées depuis l'impact du sortilège – cinq, sans doute plus. Quelle que soit l'issue du combat, lui mourrait dans la demi-heure s'il n'était pas très pris en charge par un médic'... et Malice, qui devait leur servir de médic', se retrouvait de nouveau hors de portée..

Hagard, son regard se posa sur les corps de Xâvier et Naola, toujours inertes à côté de lui. Il saisit la main de la jeune femme et sentit son cœur battre dans son poignet. Le torse du borgne se soulevait régulièrement. Ils vivaient, mais, dans son état, il ne pouvait pour l'instant rien pour eux. D'abord, il devait survivre. Et pour survivre...

« Esther », souffla-t-il.

Il se releva et se dirigea vers l'entrée de la bibliothèque. Un pari pas si risqué, tenta-t-il de se convaincre. Pris de nausées, il tomba à genoux et rendit un flot de sang noir. Il n'était pas certain que retrouver des morceaux de chair éparpillés au sol soit une bonne chose, mais, d'une certaine façon, il se sentit soulagé de pouvoir encore vomir.

Si Esther refusait de l'aider, calcula-t-il, il mourrait. Il estimait peu probable qu'elle le tue directement – à quoi bon abattre un mourant ? – et il ne la pensait plus psychologiquement capable de menacer à Naola ou Xâvier. Peut-être même serait-elle un atout à leur survie ?

Il se releva avec difficulté et tomba à nouveau trois pas plus loin. Abandonnant l'idée de parcourir les derniers mètres il s'assit, la main sur le ventre pour soutenir les viscères explosés qu'il supposait flotter dans son abdomen. Il ferma les yeux une seconde, prépara son esprit, puis leva le maléfice qui la maintenait inconsciente.

À peine ranimée, la mentaliste projeta sa pensée à pleine puissance sur la seule personne encore éveillée et accessible de la pièce. Mattéo, surmontant tous ses réflexes de défense, l'accueillit d'un contre maladroit qui décontenança l'assaillante. Esther, la respiration courte, se redressa sur le coude alors que son esprit, intriqué dans celui du jeune homme, s'abreuvait des informations qu'il lui transmettait. Le combat de l'Once et de Fillip sous la cloche sombre ; l'état incertain de Xâvier et Naola ; la nature du sortilège qui le rongeait ; les quelques minutes qui lui restaient avant que les dommages ne deviennent irrémédiables ; l'artifice d'urgence qu'il avait déployé pour couper les afflux nerveux de douleur remontés à son cerveau. Et, enfin, son appel à l'aide.

La médic', écarquilla les yeux, se releva et, chancelante rejoignit Mattéo. Elle se laissa tomber à côté de lui, l'allongea d'un geste un peu trop brusque et posa les deux mains sur son torse. Dix secondes lui suffirent pour définir l'ampleur des dégâts, et elle ne mit pas une de plus à démarrer ses soins.

« C'est Fillip, ça », articula-t-elle à voix basse, les paupières closes, concentrée.

Sort classique qu'il réservait à ceux dont il souhaitait une mort lente et Mattéo, par la menace qu'il avait fait planer sur elle et les ennuis qu'il leur avait causés, méritait apparemment une mort lente.

La médic' se focalisa sur les reins détruits, mit en place les charmes drainants les plus urgents, para au plus pressé pour contenir les dommages collatéraux infligés aux organes proches, puis réalisa ce à quoi elle se démenait. Elle lâcha un rire nerveux, sans pour autant suspendre ses opérations.

« Merlin, mais qu'est ce que je fous, c'est ridicule », souffla-t-elle, le regard résolument fixé sur ses propres mains. Croiser celui de son patient improvisé aurait bien trop nui à ses efforts.

« C'est loin d'être ridicule, contesta Mattéo d'une voix très basse. C'est ta meilleure option possible : si Fillip gagne, tu pourras prétendre que je t'y ai forcée. Si l'Once gagne, c'est un bon point de plus pour toi. Au pire, ton action est neutre. Au mieux, elle te sauve la vie.

— J'ai passé l'âge de recevoir des bons points, rétorqua la jeune femme. C'était une question rhétorique.

— Je sais. Je verbalise. C'est le stress.

— Tais-toi. »

Mattéo aurait bien haussé les épaules, mais il avait trop peur de bouger et de perturber sa guérison. La médic' resta plusieurs minutes complètement focalisée sur sa tâche, puis elle poussa un très court soupir et lança un bref regard à son patient.

« Tu retireras tes concentrateurs, si tu ne veux pas que j'y touche.

— Tu es certaine de vouloir ça ? tenta Mattéo.

— À ma place, tu prendrais le risque ?

— Non. »

Si Fillip sortait gagnant, de l'affrontement et selon l'état dans lequel il finissait, Mattéo, guérit, pouvait de l'achever. Le sorcier leva les bras au-dessus de sa tête et ôta les larges bagues sur ses pouces. Il les déposa à côté de lui s'installa dans une posture qu'il espérait confortable : il n'avait aucune idée du temps qu'il passerait immobilisé.

« Tu t'occuperas de Xâvier et Naola ?

— De tous, oui. »

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