Chapitre 25 - Partie 3

48 10 10

Au ton employé par Fillip, Mattéo redressa la tête. Atterré, il découvrit une silhouette, encapuchée de noir, sortir de l'abri d'un rayonnage à l'arrière de la salle. Alix leur avait pourtant juré ne pas céder à un chantage si l'un d'entre eux était pris en otage. Les trois jeunes se battaient en connaissance de cause et, plus que tout, Mattéo ne voulait pas voir son Maître abandonner ses années de lutte pour eux. Pour lui.

« Non... Non ! Ce n'est pas ce qu'on avait dit ! » enragea-t-il.

Sa colère, mêlée à la panique, surpassait temporairement la souffrance qui lui déchirait le ventre. À cause de sa capuche baissée, il ne pouvait croiser le regard d'Alix. Quels sentiments, quelles réactions pouvaient la pousser à capituler ? Il n'eut pas même la force de projeter son esprit vers son Maître pour comprendre son geste.

« Tu ne devais pas abandonner ! » cria-t-il, incapable de retenir des larmes de déception.

Derrière lui, Fillip resserra sa prise, appuya un peu plus son arme sur sa nuque. Mattéo, impuissant, détourna le regard alors que l'Once, lentement, levait les mains, le concentrateur éteint au centre de son gant.

« Retire ta capuche et jette ton arme », ordonna le leader de l'Ordre.

L'Once passa ses doigts sur les côtés de sa tête pour se dévoiler et Mattéo haussa très haut ses sourcils en ne reconnaissant ni Alix ni aucune de ses couvertures. Il se laissa aller vers l'avant, jouant de son attitude dévastée, dents serrées, pour dissimuler la vague irraisonnée d'espoir qui le submergea. L'identité secrète de l'Once, qu'elle préservait depuis si longtemps, prenait à cet instant tout son sens.

Malice, le visage fermé, défait, commença à retirer son gant et, par la même occasion, son concentrateur. L'objet, une pièce d'iris cousue à même le tissu, ressemblait à celui de l'Once. Il s'arrêta et adressa un regard noir à Fillip.

« Qu'est-ce qui m'assure que tu ne leur feras rien ? demanda-t-il d'une voix chargée de colère.

— Rien. Jette ton arme, tu n'es pas en position de discuter et j'ai assez perdu de temps avec vous. »

Malice trembla et posa les yeux sur Xâvier, Mattéo, puis à Naola. D'un soupir, il signa sa reddition et se défit de son concentrateur. Mattéo, blème, l'observa tomber sans comprendre ce à quoi jouait Malice. Où était Alix ? Quand allait-elle intervenir ? Fillip allait l'abattre et il doutait fort que son Maître laisse un ami à elle se sacrifier pour elle. Son espoir laissait place à un terrible pressentiment.

Fillip, à gestes mesurés, écarta son arme de la nuque de Mattéo pour la pointer vers celui qu'il pensait être le Chat. D'un sortilège, un rayon pâle aux reflets ternes, il s'assura que l'apparence de son adversaire n'était pas une couverture d'emprunt. La gerbe colorée scintilla d'un vert pétillant et enthousiaste tout à fait déplacé au vu de la situation. Malice esquissa un sourire forcé.

« Déçu de ne pas me connaître ? »

L'homme haussa les épaules et tira, un maléfice anthracite dont le trait aspirait la lumière et qui atteignit sa cible en pleine poitrine. Malice s'effondra sur lui même, comme un pantin désarticulé.

Fillip baissa lentement le bras et lâcha un long soupir. Immobile et silencieux, il sembla savourer le calme retrouvé de la bibliothèque, les yeux clos, la tête inclinée vers l'avant.

Mattéo, sous le choc, ne bougeait pas, incapable de réaliser ce à quoi il venait d'assister : Malice était mort sans qu'Alix intervienne. Il repoussa en bloc la seule explication pourtant valable : elle était morte, elle aussi. Le leader de l'Ordre lui jeta un regard, sans doute pour s'assurer de son impuissance, puis se dirigea vers le corps, sur lequel il se pencha, concentrateur toujours armé.

Malice, dès qu'il fut à sa portée, se redressa sur un coude et lui saisit le bras, l'entrainant au sol dans un mouvement souple et fluide. Fillip, décontenancé, heurta le dallage avec un cri de surprise. Mattéo releva la tête, juste à temps pour voir Alix, sous sa forme d'Once, sauter sur l'ennemi depuis les rayonnages pour le maintenir à terre.

Moins d'une seconde plus tard, une bulle noire de cinq mètres de diamètre rendait leur combat opaque et inaccessible.

C'était fini.

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !