Chapitre 7

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Durant sa journée de travail, se concentrer sur ses tâches en cours se révéla un véritable défi. Cette histoire de rêves industriels la tracassait. Dans son monde, les techniques d'élevage intensif étaient souvent sujettes à controverse, quid de l'Onirie ? Bien que les rêves n'étaient pas à proprement parler des animaux, ils bougeaient. Ophélia jurerait même qu'ils possédaient une âme. Pouvaient-ils faire la différence entre un bassin d'élevage et la pleine mer, ou en l'occurrence, le plein ciel ?

Sa conscience lui dictait de se renseigner plus en détail sur cet élevage, et pas seulement parce qu'il menaçait son activité. Elle se souciait de savoir ce qu'il advenait de ces rêves.

Aussi, alors que la tempête bloquait « La Voie des Anges » à quai et que la jeune fille aurait pu rester chez elle et passer enfin une nuit complète – la première depuis plusieurs semaines –, elle préféra se rendre en Onirie, afin de mener sa petite enquête.

L'équipage s'étonna de la voir monter à bord.

— Que faites-vous là, Fluette ?

— Je veux savoir ce que trafiquent les Marchands de Sable. J'ai un mauvais pressentiment à propos de toute cette histoire.

Elle entra dans sa cabine et retourna tous les placards dans l'espoir de trouver un déguisement convenable, ou à défaut, une tenue qui lui permettrait de passer inaperçue. Elle finit par tomber sur une longue cape de velours sombre, qui devait faire partie d'un costume d'apparat du vieux capitaine, et qui, une fois qu'Ophélia l'eut drapée autour d'elle, lui donnait une allure proche de celle de n'importe quel habitant d'Onirie. Elle avait emporté son téléphone portable avec elle pour prendre des photos, et vérifia une dernière fois qu'elle l'avait bien mis dans sa poche avant de quitter le vaisseau.

Sur le port, elle se mêla à la foule et chercha les silhouettes beiges des Marchands de Sable. Elle escomptait qu'ils se montreraient, même s'ils n'avaient pas prévu de rencontrer l'équipage de « La Voie des Anges », ou que dans le cas contraire, quelqu'un pourrait lui indiquer où se situait l'usine des rêves.

Par chance, elle aperçut, sortant d'une taverne, une forme vêtue du manteau caractéristique des Marchands et la suivit de loin, afin de ne pas être détectée.

Lorsque l'homme monta dans une voiture à chevaux, elle grimpa discrètement sur le marchepied arrière, où se tenait habituellement un laquais quand le carrosse transportait des passagers aisés. Le véhicule ballottait tel un canard boiteux sur les routes pavées, obligeant Ophélia à fournir de gros efforts pour s'agripper et ne pas tomber. Finalement, le carrosse s'immobilisa devant un grand bâtiment de briques. La jeune fille se plaqua à la carrosserie de bois derrière elle, tandis que le Marchand descendait, et sauta de son perchoir dès l'homme assez loin devant pour ne pas la remarquer.

Tout en avançant à couvert, Ophélia se demandait de quelle façon elle allait bien pouvoir s'infiltrer à l'intérieur de l'usine. A priori, pas de gardien à l'horizon, du moins pas de ce côté-là, cependant elle ne pouvait pas s'introduire dans le bâtiment comme ça, on la jetterait dehors aussi sec. Était-il possible de s'improviser journaliste et de prétendre visiter l'usine pour un reportage ? Elle chassa bien vite cette idée saugrenue de la tête. En Onirie, tout le monde ou presque avait affaire de près ou de loin au commerce des rêves, pourquoi donc quiconque réaliserait-il un documentaire sur l'usine des Marchands de Sable ? La presse existait-elle seulement ici, qu'elle soit écrite, télévisée ou diffusée à la radio ?

Ophélia longea les murs, cherchant une entrée secondaire, une fenêtre restée ouverte ou même un conduit d'aération. La chance lui sourit ; un employé en uniforme sortit par une porte de service, qu'il maintint entrouverte grâce à une cale. Il s'éloigna de quelques mètres pour souffler dans une espèce de pipe à bulles, ce qui permit à Ophélia de s'engouffrer à l'intérieur de l'usine.

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