Chapitre 4

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Posté sur le pont, Tonneau l'accueillit d'une claque dans le dos.

— Bien le bonsoir, Fluette !

— C'est Capitaine Dessanges ou Capitaine Ophélia, rectifia la jeune fille. Ou peu importe..., se résigna-t-elle en constatant que le second ne l'écoutait déjà plus.

Ce sobriquet lui collerait sans doute à la peau jusqu'à ce qu'elle-même atteigne l'âge de céder sa place à un nouveau capitaine.

— J'aimerais tenir la barre ce soir, si Cure-Dent n'y voit pas d'inconvénient.

— J'pense pas que ça l'dérangera. Mais z'êtes sûre de vous ? Z'avez déjà dirigé un bateau ?

Ophélia devina qu'il cherchait à la déstabiliser et ne voulait pas lui faire ce plaisir, c'est pourquoi elle prit son courage à deux mains et persévéra.

— Non, mais j'ai envie d'apprendre.

— À vot' guise. Cure-Dent ? appela le second.

— Quoi ? cria ce dernier en retour.

— Montre à Fluette comment qu'on manie le gouvernail !

— Mais elle va jamais y arriver avec ses bras maigrelets !

— Elle insiste. Et ainsi qu'elle le répète à tout bout d'champ, c'est la Capitaine.

Le ton condescendant sur lequel il prononça ce dernier terme agaça Ophélia. Même si sa réserve naturelle l'empêchait d'élever la voix, à l'intérieur, elle bouillait de rage.

— Bon ben, qu'elle monte !

— Je suis là, je vous rappelle, intervint Ophélia. Inutile de parler comme si je ne pouvais pas vous entendre. J'apprécie moyennement vos remarques sur la taille de mes bras. Ce n'est pas parce que je suis une fille que je suis incapable de faire correctement mon travail de Capitaine des Rêves, vous me sous-estimez. Et pis toi, tu pourrais dire quelque chose, sermonna-t-elle Zigomar, encore stupéfaite de son audace.

— Tu es assez grande pour te défendre toute seule, et d'ailleurs tu viens de le faire avec brio.

Ophélia grogna sous les ricanements de Tonneau.

— Ce n'est pas mon impression.

— Cure-Dent ne faisait que se montrer objectif, tempéra le second. Mais vous le constaterez bien par vous-même, Capitaine Têtue-Comme-Une-Mule.

La jeune fille le foudroya du regard puis tourna les talons, et s'en alla rejoindre le timonier. Avec patience et bienveillance, celui-ci lui nomma les différentes parties du gouvernail et lui expliqua comment tenir la barre.

— Hissez les voiles ! Larguez les amarres ! cria Tonneau en contre-bas.

Le vaisseau s'ébranla. Cure-Dent indiqua à Ophélia de virer à tribord pour s'éloigner du quai. La jeune fille tenta de manœuvrer la barre, pesa de tout son poids sur les poignées, or elle ne parvint qu'à la bouger d'un quart de tour.

— Saperlipopette ! Euh, je veux dire, bon sang ! se corrigea-t-elle d'une voix grave, décrétant ce juron plus approprié que son vocabulaire de grand-mère.

— Poussez-vous, je vais le faire avec vous.

Les biceps de Cure-Dent étaient si gros que le timonier aurait presque pu tourner la barre d'un doigt.

— Je n'imaginais pas que c'était si dur, haleta Ophélia.

— Bah, ça viendra. Faut juste vous muscler un peu. Je voulais pas me montrer méchant tout à l'heure quand j'ai parlé de vos petits bras.

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