30.Adam♤

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Maintenant, je suis là, devant le miroir de ma salle de bain, seul chez moi, et je me dis que je ne veux pas y aller, que ça va être vraiment merdique, que je préfère aller voir Ezra. C'est ce que je ferais, sûrement, si je n'avais pas de fierté. Mais maintenant, je lui ai dit que j'avais quelque chose de prévu et si je n'y vais pas, elle va croire que je la fais passer avant les fêtes, elle  va penser que je suis dépendant d'elle ,que je ne peux plus me passer, même pour une soirée, de sa présence, de ses magnifiques yeux noir, de sa voix ,elle va savoir. Elle va comprendre. Alors je dois faire semblant d'aimer les soirées.

Je suis moche.Je ressemble à rien. Je veux dire, réellement. Il est vingt-et-une heure, je suis en retard, j'ai faim, je ne sais pas comment m'habiller, et j'ai envie d'aller la voir... Parce que j'ai la flemme d'y aller.

Je dois faire un effort, un minuscule, un tout petit de rien du tout. J'hésite. À droite, une chemise blanche, un pantalon noir. À gauche, un tee-shirt et des jeans,  Si je me pointe bien habillé, j'aurais l'air con, parce qu'ils porteront tous des tenues absolument banales. Si je me pointe habillé normalement, j'aurais l'air d'un mec qui n'a pas de vêtements de fête.

Alors, je fais un mixe. Je mets ma chemise blanche et mon jean. Tant pis si ça ne s'accorde pas parfaitement. Je m'en fous complètement de ma tête, de ma tenue, de cette fête en général, de cette soirée-là. Je m'en fous de tout.

Je peux déjà entendre la musique et j'imagine les corps entrelacés sur la piste de danse improvisée au milieu du salon ou sur un canapé à moitié trempé de vodka et de whisky. D'ici, je peux déjà savoir à l'avance qu'une dizaine de jeunes ne rentrerons pas chez eux ce soir parce qu'ils s'endormiront sur le sol de la cuisine, dans la baignoire d'une salle de bain ou même dehors, sur la pelouse et les graviers. D'ici, je peux déjà prévoir qu'une fille, au réveil, se trouvera dénudée dans un lit, elle ne saura plus très bien, et comprendra que le prince de la veille se sera lâchement enfuit au premier rayon de soleil. D'ici, je sais que la prochaine année commencera mal parce que quelque part sur cette terre un père de famille ne rentrera pas chez lui parce qu'il sera monté au volant de sa voiture avec bien trop d'alcool dans le sang pour conduire.

Je suis dans la rue qui mène à la maison de Danny.Je sais déjà que chez lui , on se passe les cigarettes et les joins en se demandant qui ira le plus loin et je sais déjà aussi que ce soir, quelqu'un jouera à celui qui sera le plus défoncé.

Je ne sais pas comment j'ai pu croire un instant que cette fête me ferait du bien. Je ne sais pas. Sincèrement. Je ne sais pas ce qu'il m'est passé par la tête pour accepter cette invitation. Et pour croire que cette soirée serait géniale. Elle n'est pas géniale. Je suis entouré d'abrutis de tous les côtés, de gonzesse à moitié à poil qui portent toutes une robe avec un décolleté tellement plongeant que vingt mecs se sont déjà noyés dedans depuis longtemps, de petits cons qui s'amusent à boire le plus possible jusqu'à vomir sur le plancher et recommencer après, qui hurlent, qui crient, et moi, je suis là, comme un intrus, comme à chaque fois que j'entre dans une pièce.

Je ne suis pas à ma place. Vraiment pas. Je tiens compagnie aux manteaux et aux sacs à main qui s'entassent sur le canapé à côté de moi. Je tiens les verres des « couples » qui « montent à l'étage faire un tour » et qui ne reviennent jamais. Ça fait seulement une heure que je suis là, et je sature déjà. Les gens rient. Et je n'arrive pas à comprendre comment ils font pour se sentir bien ici. Au milieu de tous ces hypocrites et de ces verres qui se brisent, de cette fumée qui nous encombre.  Je voudrais partir mais une fille me jette des coups d'œils et m'adresse des sourires rayonnants.

Juste entre amoureux |●TERMINÉELà où vivent les histoires. Découvrez maintenant